V. Conversion de la PrP cellulaire en isoforme pathologique.
V.1.a. Mécanismes cellulaires de la conversion : apport du modèle des neuroblastomes murins chroniquement infectés.
Le modèle de cellules chroniquement infectées le plus communément utilisé au laboratoire a été établi en 1987 par Richard Race et collaborateurs (Race
et al., 1987). Des neuroblastomes murins ont été incubés en présence de broyat de cerveaux de souris infectées par la souche RML. Après plusieurs passages successifs des cellules, des tests d'immuno-détection ont révélé la présence de PrPc et de PrPsc. Bien que la PrPsc ne soit pas détectable dans le milieu de culture de ces cellules, les essais d'infectivité chez l'animal ont montré que celui n'en demeure pas moins infectieux, de même qu'un broyat cellulaire. À la suite de ces travaux, d'autres modèles cellulaires chroniquement infectés par diverses souches murines et ovines, ont été établis (Bosque and Prusiner, 2000); (Nishida
et al., 2000 ; Vilette
et al., 2001). En dépit de nombreuses tentatives, jamais aucune lignée cellulaire infectée avec des agents d'ESST humaines n'a été obtenue.
L'établissement de ces neuroblastomes chroniquement infectés a permis une première sélection rapide de molécules "anti-prion". Une grande variété de substances ont ainsi fait preuve de propriétés curatives, citons par exemple :
- le rouge Congo et ses dérivés (Caughey and Race, 1992 ; Demaimay
et al., 2000),
- les polyanions sulfatés (Caughey and Raymond, 1993),
- les antibiotiques polyèniques comme l'amphotéricine B (Mange
et al., 2000b)
- la filipine (Marella
et al., 2002),
- les dérivés porphyriques (Caughey
et al., 1998b)
- la quinacrine (Doh-Ura
et al., 2000).
La quasi-totalité de ces composés s'est révélée partiellement ou totalement inefficace lors d'essais thérapeutiques chez l'animal (Collins
et al., 2002 ; Priola
et al., 2000 ; Demaimay
et al., 1997).
Des neuroblastomes hautement sensibles à l'infection ont également été utilisés afin de mesurer le titre infectieux d'un échantillon. Cette technique supplante peu à peu les mesures d'infectivité réalisées par injections icv de dilutions de matériel à des souris témoins (bio-essais). Récemment adaptée à l'automatisation, la mesure de l'infectivité
in cellulo est fiable, sensible, rapide et peu onéreuse (Klohn
et al., 2003).