Les conséquences de la formation de plaques d'athérome se manifestent à différents niveaux. Elles sont responsables d'affections aiguës [49] :
Aussi, l'athérosclérose peut toucher toutes les artères, et entraîner des manifestations ischémiques chroniques (par exemple, l'artérite mésentérique) ou aiguës (infarctus mésentérique).
L'atherosclérose ne se manifeste pas de façon exclusive au niveau d'un seul territoire (carotidien, coronaire ou artériel des membres inférieurs) ; la découverte d'une atteinte d'un territoire est souvent accompagnée d'une atteinte asymptomatique d'un autre territoire (Fig. 1.1).
Les complications de l'athérosclérose sont responsables des deux premières causes de mortalité dans le monde (Tab. 1.1) [81]. Les cardiopathies ischémiques concernent environ 6 millions de décès par an, et les accidents vaculaires cérébraux (AVC) plus de quatre millions. Ces deux causes représentent à elles seules plus de 20 % des décès.
Outre ces conséquences, ces accidents - lorsqu'ils ne sont pas fatals - sont aussi à l'origine de séquelles fonctionnelles sévères : paralysie, troubles sensitifs, troubles du langage... dans le cas des AVC ; apparition d'une insuffisance cardiaque, de troubles du rythme... dans le cas d'un infarctus du myocarde (IDM). Les cardiopathies ischémiques et les AVC sont placés respectivement aux 5 et 6 place des pathologies invalidantes [79].
1.4 Une grande disparité suivant les régions
Si la mortalité coronarienne est à la première place des causes de décès au niveau mondial, elle peut varier d'un pays à l'autre (Fig. 1.2 [81]). Ces variations sont même parfois très importantes. Par exemple [28], pour 100 000 habitants, on note un nombre de décès lié aux maladies cardiaques qui est de :
- 51 au Japon ;
- 95 en France ;
- 255 aux États-Unis et
- 363 en Écosse.
L'étude Monica [23] (Monitoring of trends and determinants in Cardiovascular diseases) a même affiné ces données en étudiant la mortalité coronaire dans trois villes françaises : Lille, Strasbourg et Toulouse, dans lesquelles cette mortalité est respectivement de 92, 82 et 58 pour 100 000 habitants.
Ces études ont montrés que la mortalité coronaire était beaucoup plus faible en France que dans le nord de l'Europe et aux USA, et que cette même disparité existait en France, au profit des régions du Sud-Ouest [28].

Figure
1.2 : Taux de mortalité, par pays, liée aux pathologies
cardiaques d'origine ischémique, 1990 [81].
1.4.1 Le "French paradox"
Cette disparité, observée alors que les principaux facteurs de risque (taux de cholestérol sanguin et pourcentage de fumeurs) sont sensiblement équivalents d'une région à l'autre, a été baptisée par les Américains "The French Paradox" [28].
Nombre d'auteurs ont attribué cette protection, vis-à-vis des pathologies cardiovasculaires, à des facteurs diététiques. C'est l'alimentation de type "méditerranéenne" (riche en légumes, en fruits, pain, huiles végétales, et pauvre en beurre) associée à une consommation modérée d'alcool (essentiellement du vin), rencontrées dans le Sud-Ouest, qui semble jouer un rôle décisif. Cette protection est d'ailleurs observée dans d'autres pays méditerranéens comme le sud de l'Italie, la Grèce, et surtout la Crète.
Fin d'un mythe
Les dernières analyses des statistiques du projet Monica ont permis de répondre à la question de l'existence ou non d'un "paradoxe français". Il a en effet été constaté qu'en matière de fréquence de survenue d'infarctus du myocarde, la France s'inscrivait dans un gradient Nord-Sud décroissant de maladies cardiovasculaires. Ces résulats ont permis d'affirmer qu'il n'existait pas de "paradoxe français" [2].
1.4.2 Le "Miracle crétois"
Les statistiques officielles de l'OMS indiquent que c'est le Japon qui possède la mortalité - coronarienne et toutes causes confondues - la plus faible du monde. L' "Étude des sept pays", entreprise par Ancel Keys au cours des années 50 [93], a montré que c'était une région de Grèce - l'île de Crète - qui avait la mortalité coronarienne la plus faible : elle y est trois fois plus faible qu'au Japon.
Là encore, c'est au régime alimentaire des Crétois qu'ont été attribués ces résultats. Par rapport aux autres pays, les Crétois consomment plus de pain, de légumes secs et de fruits, et beaucoup moins de viande ; leur consommation de poisson et d'alcool, principalement sous forme de vin rouge, est modérée, leur utilisation d'huile d'olive, seule graisse d'ajout employée, nettement supérieure.
- Davantage de pain.
- Davantage de légumes (secs et verts).
- Davantage de poisson (2 à 3 fois par semaine).
- Moins de viandes grasses (boeuf, mouton, porc), remplacées par de la volaille (poulet, dinde).
- Pas un jour sans fruit.
- Pas de beurre ni de crème, remplacés par de la margarine diététique.
- Utiliser de l'huile d'olive au lieu de celle de tournesol. |
Table 1.2 : Les sept commandements diététiques [93].
1.5 Prévisions
Classées aux premières places du classement des causes de décès dans le monde, les pathologies cardiovasculaires devraient garder ce palmarès durant encore plusieurs années. Certains auteurs [79] ont réalisé des projections juqu'en 2020 ; d'après les prévisions, les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux devraient conserver les deux premières places (Tab. 1.3).
| Cause de décès : |
Rang : |
Progression : |
|
1990 |
2020 |
|
| "Top 15" : |
|
|
|
| Ischémies cardiaques |
1 |
1 |
0 |
| Accidents Vasculocérébraux |
2 |
2 |
0 |
| Insuffisances respiratoires d'origine infectieuse |
3 |
4 |
+1 |
| Diarrhées |
4 |
11 |
+7 |
| Troubles périnataux |
5 |
16 |
+11 |
| Bronchopneumopathies chroniques obstructives |
6 |
3 |
-3 |
| Tuberculose |
7 |
7 |
0 |
| Rougeole |
8 |
27 |
+19 |
| Accidents de la route |
9 |
6 |
-3 |
| Cancers (trachée, bronches ou poumons) |
10 |
5 |
-5 |
| Malaria |
11 |
29 |
+18 |
| Mutilation volontaire |
12 |
10 |
-2 |
| Cirrhose du foie |
13 |
12 |
-1 |
| Cancer gastrique |
14 |
8 |
-6 |
Diabète
|
15
|
19
|
+4
|
| Hors "Top 15" : |
|
|
|
| Violence |
16 |
14 |
-2 |
| Blessures de guerre |
20 |
15 |
-5 |
| Cancers du foie |
21 |
13 |
-8 |
| Sida |
30 |
9 |
-21 |
|
Table 1.3 : Evolution du classement des principales causes de décès dans le monde :
données de 1990 et prévisions pour 2020 [79].