PARTIE 2 - L'Athérogénèse :
CHAPITRE 3 - Rôle des autres lipoprotéines :
Les HDL et la Lipoprotéine (a) sont des facteurs de risque
cardiovasculaires connus. Selon l'ARCOL, un taux de HDL-cholestérol
régulièrement inférieur à 0,35 g/l est un facteur de risque
important. De même, la Lp(a) est particulièrement athèrogène si son
taux dépasse 0,45 g/l.
3.1 Lipoprotéines de haute densité (HDL) :
La responsabilite de l'oxydation des LDL dans la formation de la
plaque d'athérosclérose étant largement admise, cette théorie oxydative a
conduit à
envisager pour les lipoprotéines de haute densité (HDL) de nouvelles
propriétés, à la fois anti-athérogènes pour les HDL natives et
athérogènes quand elles sont oxydées.
3.1.1 Rôle protecteur des HDL :
L'existence d'une relation inverse entre la concentration plasmatique du
C-HDL et le développement de l'athérosclérose est bien
établie [17] ; le rôle protecteur des HDL est sensible à
deux niveaux :
- Lors de l'intervention des HDL dans le transport inverse du
cholestérol (des tissus vers le foie ou le cholestérol sera
catabolisé).
- Les HDL ont aussi la propriété de protéger les LDL de
l'oxydation.
Plusieurs mécanismes ont été proposés pour expliquer
le pouvoir protecteur des HDL sur le métabolisme de la paroi des vaisseaux,
vis-à-vis de l'effet néfaste des LDL [17] :
- Les phospholipides des HDL pourraient
entrer en compétition avec les phospholipides des LDL lors des
phénomènes d'oxydation,
- et les hydroperoxydes formés pourraient être
transférés depuis les LDL oxydées jusqu'aux HDL natives.
- Deux enzymes liées aux HDL, la paraoxonase et la
PAF-acétylhdrolase (PAF-AH, ou Platelet Activating Factor
AcetylHydrolase), pourraient conférer aux HDL des propriétés anti-oxydantes en permettant l'hydrolyse des phospholipides oxydés des LDL :
- Paraoxonase Le rôle physiologique de
cette enzyme est mal connu. Elle est capable d'hydrolyser les
acides gras à longue chaîne oxydés, situés en position 2 de la
molécule de de glycérol des phospholipides, ce qui expliquerait
sont intervention dans le rôle protecteur des HDL vis-à-vis de
la peroxydation des LDL.
Il est intéressant de noter qu'il existe une baisse de
l'activité de cette enzyme chez les sujets ayant fait un
infarctus du myocarde, ainsi que chez ceux atteints
d'hypercholestérolémie familiale ou de diabète, pour lesquels
le risque de survenue de maladies coronaires est accru. Cela
permettra d'envisager de nouvelles perspectives de recherche dans les
mécanismes physiopathologiques de ces maladies, et donc de nouveaux
traitements.
- PAF-AH Elle est
capable d'hydrolyser, non seulement le PAF, mais aussi les
acides gras à courte chaîne, et oxydés, qui estérifient les
phospholipides en position 2 du glycérol, et qui sont des
produits formés lors de l'oxydation des lipoprotéines. Des
phospholipides oxydés des LDL pourraient ainsi être tranférés
sur les HDL et inactivés par hydrolyse.
- Les HDL pourraient aussi augmenter la résistance des
cellules endothéliales vis-à-vis de la cytotoxicité des LDL
oxydées, en bloquant la transduction du signal intracellulaire
stimulé par les LDLox et induisant la cytotoxicité.
- Les HDL sont également capables d'inhiber l'expression de
molécules d'adhésion par les cellules endothéliales (ces
différentes molécules seront développées dans le chapitre ).
3.1.2 Effets délétères des HDL :
In vivo, sous l'action d'un stress oxydatif, les HDL s'oxydent et
subissent les mêmes modifications chimiques que les LDL. Mais, contrairement
aux LDL, il n'existe aucune preuve de l'existence in vivo de HDL oxydées.
Cependant, dans le cadre de la théorie oxydative de l'athérosclérose,
et au regard de propriétés des HDL observées in vitro,
certains auteurs [17] ont émis l'hypothèse que l'oxydation probable
des HDL in vivo pourrait favoriser le processus athéromateux.
En effet, après oxydation, les HDL :
- perdent, en partie, leur capacité d'efflux du cholestérol
cellulaire ;
- et se révèlent capables de provoquer une accumulation
intracellulaire de cholestérol dans les macrophages.

Figure
3.1 : Hypothèses sur le rôle anti-athérogène
des HDL :
(1) Inhibition de l'oxydation des LDL ;
(2)
Stimulation de l'efflux du cholestérol à partir des macrophages
transformés en cellules spumeuses ;
(3) Inhibition de la
sécrétion des molécules d'adhésion produites
par les cellules endothéliales [17].
3.2 Lipoprotéine (a) :
La lipoprotéine (a) [Lp(a)] est une lipopoprotéine semblable aux LDL,
mais possédant une apolipoprotéine supplémentaire et spécifique,
l'apo(a), dont la structure originale lui confère une importante
homologie avec le plasminogène. De nombreuses études ont montré la
relation entre une concentration élevée en Lp(a) et l'apparition
précoce de pathologies cardio- et cérébrovasculaires.
Comme les autres lipoprotéines, la Lp(a) peut subir des modifications
oxydatives qui pourraient expliquer, en partie, son action
pathologique.
3.2.1 Propriétés de la Lp(a) :
3.2.1.1. Structure de la Lp(a) :
La Lp(a) est une lipoprotéine de type LDL dont l'apolipoprotéine
B (apoB100) est liée, de façon covalente par un pont
disulfure, à une molécule d'apo(a), glycoprotéine spécifique
de la Lp(a) (Fig. 3.2) [6].
La structure de la Lp(a) est composée :
- Essentiellement de domaines peptidiques, en boucles
d'environ 80 acides aminés, les kringles.
Ces kringles sont également retrouvés au sein d'autres
protéines, impliquées dans les processus physiologiques de
fibrinolyse et de coagulation, en particulier le plasminogène.
Alors qu'au sein du plasminogène on trouve cinq types de kringles
(K1 à K5) présents en exemplaire unique, il n'en
existe
que deux variétés (K4 et K5) dans la structure de
l'apo(a). Ces deux kringles de l'apo(a) ont une homologie
importante avec les K4 et K5 du plasminogène (75 à
100 %).
L'apo(a) se distingue aussi du plasminogène par le fait qu'il existe plusieurs isoformes de l'apoprotéine : le nombre de kringles est variable et il existe différentes "variétés" du K4.
- D'un domaine protéasique.
Le domaine protéasique de l'apo(a) présente une homologie de
plus de 85 % avec celui du plasminogène.

Figure 3.2 : Structures comparées des LDL, de la Lp(a) [6]
et du plasminogène [19].
3.2.1.2. Génétique :
La concentration plasmatique en apo(a) est relativement constante au cours
du temps, et dépend à 90 % du gène de l'apo(a).
Elle n'est influencée ni par l'âge, ni par les régimes
alimentaires [6].
Le gène de l'apo(a) est localisé sur le bras long du chromosome 6
(6q27) à proximité du gène du plasminogène ; sa transmission suit un
mode autosomique dominant polyallèlique. Chaque individu possède une,
ou le plus souvent deux, isoformes d'apo(a).
Dans certains cas, la concentration en Lp(a) peut être modifiée :
- le taux de Lp(a) est augmenté au cours de pathologies rénales
(insuffisance rénale chronique, syndrome néphrotique...), des
hyperthyroïdies et des pathologies inflammatoires chroniques telles
que l'arthrite rhumatoïde ;
- ce taux est au contraire diminué dans les hyperthyroïdies et
les pathologies hépatiques.
- Certains facteurs iatrogènes peuvent aussi modifier le taux de
Lp(a) : les estrogènes oraux et les hormones thyroïdiennes
sont capables de l'abaisser, alors que l'hormone de croissance l'augmente
[46].
Il n'est cependant pas établi que la baisse de Lp(a), au
cours du traitement hormonal de la ménopause, participe à
l'abaissement du risque cardiovasculaire. De même, il n'est pas
démontré que l'élévation de Lp(a) dans l'hypothyroïdie participe à
l'augmentation de ce risque.
3.2.1.3. Rôles de la Lp(a) :
Jusqu'à présent, aucun rôle physiologique n'a pu être attribué à la
Lp(a). Par contre, chez des sujets porteurs d'athérosclérose
carotidienne ou cérébrale, de nombreuses études ont montré que ces
sujets avaient des taux élevés de Lp(a).
Dans l'athérogénèse, la Lp(a) agirait selon deux mécanismes
(Fig. 3.3) [6] :
- Il pourrait y avoir rétention de la Lp(a) au niveau de l'intima : elle a en effet la capacité :
- de se lier avec certains constituants sulfatés de la
matrice extracellulaire de la paroi vasculaire
(glycosaminoglycannes, protéoglycannes)
- et d'interagir avec les cellules de la paroi : cellules musculaires lisses,
macrophages et cellules endothéliales.
- La Lp(a) a également une action antifibrinolytique, liée :
- à la compétition que semble exercer la Lp(a) avec le
plasminogène ou le tPA (Activateur Tissulaire du Plasminogène) sur
leurs sites de fixation à la fibrine.
- et à la modulation de la sécrétion endothéliale de tPA,
molécule activatrice du plasminogène, et de PAI-1 (Inhibiteur
de l'activateur du plasminogène),
principal inhibiteur du tPA.

Figure
3.3 : Rôles de la lipoprotéine (a) : principales
voies d'action
potentielles de la Lp(a) au niveau de la paroi vasculaire
[6].
(1) Formation de complexes Lp(a)-protéoglycannes rapidement
captés par les macrophages.
(2) Oxydation de la Lp(a) par
les cellules circulantes et/ou par les cellules de la paroi favorisant sa
captation par les macrophages résidants.
(3) Action sur l'homéostasie
fibrinolytique locale, par modulation de la synthèse et de la sécrétion
du tPA (Activateur Tissulaire du Plasminogène) et du PAI-1(Inhibiteur
de l'activateur du plasminogène).
(4) Augmentation de l'adhésion
des monocytes à l'endothélium.
3.2.2 Oxydation de la Lp(a) :
En raison de son homologie de structure avec les LDL, la Lp(a) peut subir
une attaque radicalaire in vitro et former des produits de lipidoperoxydation,
quantitativement proches de ceux obtenus à partir des LDL. La cinétique
d'oxydation de la Lp(a) est cependant plus lente que celle des LDL, ce qui
lui confère une plus grande résistance à l'oxydation.
[6]
In vivo, comme les LDL, la Lp(a) circulante peut quitter le
lit vasculaire et s'infiltrer dans l'espace sous-endothélial. Malgré
sa plus grande résistance à l'oxydation, son affinité pour les
consituants de la matrice extracellulaire permettrait à la Lp(a)
d'atteindre un état d'oxydation comparable à celui des LDL en raison
d'une attaque oxydative prolongée.
Plusieurs hypothèses ont été émises, à
partir d'études in vitro ou ex vivo, sur les rôles
que pourraient jouer les Lp(a) oxydées au cours de l'athérogénèse
(Fig. 3.3) :
- Interaction avec les monocytes-macrophages : la captation et la dégradation de la Lp(a) oxydée est accrue.
- Interaction avec les cellules endothéliales :
- La Lp(a) oxydée pourrait avoir une action hypertensive en
s'opposant à la vasodilatation endothéliale.
- Elle augmenterait l'adhésion des monocytes à l'endothélium ;
- A l'action prothrombogène, liée à l'augmentation de la
sécrétion endothéliale de PAI-1 sous l'influence de la Lp(a)
native, s'oppose l'action de la Lp(a) oxydée qui inhibe
cette
sécrétion. La Lp(a) oxydée ne participerait donc pas à l'action
fibrinolytique de la Lp(a).