PARTIE 3 - L'Athérothrombose : mécanismes et prévention :
CHAPITRE 1 - L'Athérothrombose :
Après la rupture d'une plaque d'athérosclérose, trois
étapes sont décrites : l'adhésion, l'activation et l'agrégation
plaquettaire. Ces trois étapes aboutissent à la formation d'un
thrombus. Ce processus est appelé athérothrombose [16].
1.1 Fissuration et rupture de la plaque :
Tout au long de sa formation, la plaque d'athérosclérose connaît une
évolution
longtemps asymptomatique. C'est l'érosion - voire la rupture - de
la chape fibreuse recouvrant cette plaque, qui va conduire à la survenue
d'un évènement thrombotique.
Apres la phase initiale de croissance progressive, la
plaque connaît une phase de croissance incrémentielle à
l'occasion de ces évènements aigus.
La mise à nu des constituants du noyau lipidique de la plaque, en
particulier la libération de facteur tissulaire, va être à
l'origine du processus thrombotique. La survenue des fractures - ou des fissures
- de la chape, résulte de la conjonction de deux types de facteurs
[91] :
- Des facteurs intrinsèques susceptibles de fragiliser la plaque.
Ils sont liés à la taille et à la composition de la chape fibreuse, ainsi
qu'à l'activité métabolique (et catabolique) qui y règne.
- Des facteurs extrinsèques pouvant déclencher la rupture de
la plaque, et liés aux contraintes mécaniques exercées sur la
plaque et à diverses conditions physiopathologiques.
1.1.1 Facteurs intrinsèques :
1.1.1.1. Noyau athéromateux :
La stabilité de la plaque dépend largement de la taille du noyau
athéromateux et de sa composition :
- Lorsque celui ci occupe plus de 40 % du volume total de
la plaque, le risque de rupture est élevé.
- L'amas lipidique, de consistance molle, transmet aux berges
de la plaque, les forces exercées par le stress hémodynamique, au
sommet de la plaque. Le phénomène est d'autant plus marqué que la
consistance du noyau est molle.
1.1.1.2. Capsule fibreuse :
La capsule fibreuse, composée de cellules musculaires lisses et d'une
matrice extra-cellulaire, conditionne la résistance de la plaque. La
vulnérabilité de la plaque va dépendre de la cellularité et de la
qualité de la matrice extra-cellulaire de la chape qui la recouvre.
Cellules musculaires lisses :
Les CML rencontrées au sein de la chape fibreuse ont un phénotype
synthétique ; elles sécrètent les composants de la matrice
extra-cellulaire.
Au cours du temps, la proportion de CML, qui est initialement élevée,
tend à diminuer, en particulier au niveau des zones d'épaulement.
Cette régression des CML est essentiellement liée à la production -
par les cellules inflammatoires locales - de différents médiateurs
pro-apoptotiques : IL-1, TNFa et INFg.
Matrice extra-cellulaire :
La matrice extra-cellulaire de la chape fibreuse est essentiellement
composée de collagène et d'élastine. La diminution de la synthèse et la
dégradation de ce tissu de soutien, va fragiliser la capsule fibreuse :
- La déplétion cellulaire en CML entraîne une diminution de
synthèse des éléments de la matrice extra-cellulaire, par plusieurs
mécanismes :
- Apoptose des CML sous l'action d'IL-1, de TNFa et d'INFg.
- Effet inhibiteur du TNFa sur la synthèse de collagène
par les CML.
- La dégradation de la matrice résulte de la sécrétion
de MMP (Matrix Metalloproteinases) telles que les collagénases, les
élastases, les gélatinases ou les stromélysines [32].
En fait, il semblerait que la résultante de l'activité
des MMP soit due à un équilibre entre la synthèse
des MMP et de leurs inhibiteurs, les TIMP (Tissue Inhibitors of Metalloproteinases),
par les macrophages [44].

Figure 1.1 : Dégradation de la chape fibreuse. Ag
: Antigène ; CML : Cellule musculaire lisse ; CS
: Cellule spumeuse ; Macro : Macrophage [32, 69, 91].
Cette activité résulte de la réponse inflammatoire qui règne au sein de
la
plaque. Nous l'avons vu, cette activité est commandée par de
nombreuses cytokines. Il faut aussi signaler que cette réponse peut
être amplifiée par la présentation de différents antigènes (Ag) aux
lymphocytes T par les macrophages. Outre des LDLox, les Ag présentés
peuvent être :
- Des antigènes viraux (herpes, cytomegalovirus).
- Des Ag bactériens (Chlamydia) [64].
Le rôle de ces facteurs viraux ne semble pas se cantonner
aux phases d'évolution aiguës de la plaque. L'Herpes Simplex
Virus (HSV) aurait une activité pro-inflammatoire au sein
des lésions athéroscléreuses, une activité
prothrombotique au niveau de l'endothélium vasculaire, et pourrait
aussi augmenter l'expression des récepteurs << scavenger >>
des macrophages [82].
1.1.2 Facteurs extrinsèques :
Outre une fragilisation par des facteurs intrinsèques, la plaque
subit aussi des contraintes externes qui sont - dans 50 % des cas - responsables
de sa rupture [91].
1.1.2.1. Contraintes mécaniques :
Les contraintes mécaniques sont dues aux forces exercées par
le flux sanguin (Fig. 1.1)
[91] :
- Toutes les forces exercées sur la plaque sont redistribuées -
par le noyau lipidique - vers la jonction entre la capsule et la
paroi saine.
- Compression de la plaque.
- Les forces de tension
"circonférentielles" exercent les
contraintes les plus importantes impliquées dans la rupture des
plaques.
- Des forces longitudinales ont aussi été décrites,
- ainsi que des forces de cisaillement.
1.1.2.2. Conditions physiopathologiques :
Certaines conditions physiopathologiques peuvent aussi favoriser la survenue d'un
accident aigu [91] :
- Activité sympathique : L'activité sympathique et le taux de
catécholamines
circulantes :
- suivent un rythme circadien, avec un pic matinal ;
- augmentent avec le stress,
- l'activité physique,
- ou la consommation de tabac
Il en résulte une élévation de la pression artérielle, de la
fréquence cardiaque et du tonus artériel, donc des contraintes
appliquées à la plaque.
- Thrombose : L'activité fibrinolytique est diminuée le
matin, alors que l'agrégabilité plaquettaire, le taux de fibrinogène
et la viscosité sanguine sont plus élevés.
1.2 Thrombose :
La formation du thrombus repose sur deux systèmes : la mise en route
du système de la coagulation d'une part, l'activation plaquettaire
d'autre part.
L'activation de l'un ou l'autre des systèmes se fait selon
des conditions environnementales différentes. Les flux sanguins lents
favorisent la coagulation plasmatique, alors que les flux rapides
favorisent la participation des plaquettes et leur activation.
Au cours de l'athérothrombose, c'est l'activation du système
plaquettaire qui prédomine ; la coagulation vient ensuite renforcer
le thrombus formé :
- Le premier système impliqué repose sur des mécanismes
d'activation cellulaire et aboutit à l'agrégation plaquettaire.
- Le second système est un système moléculaire qui aboutit à
la transformation du fibrinogène en fibrine.

Figure
1.2 : Coagulation et activation plaquettaires. ADP : Adénosine
Diphosphate ; FII à FX : Facteurs II à X de
la coagulation ; FIIa à FXa : Facteurs II à
X activés de la coagulation ; FT : Facteur tissulaire ;
GP : Glycoprotéine ; Plq : Plaquettes ; TXA2
: Thromboxane A2 ; vWF : von Willebrandt Factor ; [40]
Le phénomène initiateur de la thrombose est la mise à nu du tissu
conjonctif de la paroi. A la suite de la rupture de la plaque,
l'activation des plaquettes et de la coagulation se fait par l'exposition
des éléments thrombogènes de la paroi, notamment du facteur
tissulaire contenu en forte concentration à l'intérieur de la plaque.
Ensuite, la progression de la thrombose va se faire suivant les
variations des conditions d'écoulement sanguin au cours de son
évolution.
Lors d'une rupture de plaque, il y a :
- Dans un premier temps, au niveau de la brèche de la paroi, la
réponse se fait essentiellement par la voie de la coagulation.
L'écoulement à ce niveau est, en effet, très lent, voire nul.
On assiste ainsi à la formation d'un premier réseau fibrineux à
l'intérieur de la paroi.
- Lorsque la réaction thrombotique gagne la lumière
vasculaire, où le flux sanguin est rapide,
le thrombus qui se forme est essentiellement composé de plaquettes.
- Ensuite, si le thrombus formé atteint une taille suffisante
pour perturber significativement l'écoulement, la coagulation
reprend et stabilise le thrombus.
L'activation des plaquettes se déroule en plusieurs phases :
- Reconnaissance des surfaces thrombogènes par la plaquette, et
adhésion, en particulier :
- Adhésion au collagène par l'intermédiaire des glycoprotéines
membranaires GP Ia et IIa.
- Adhésion au facteur de Willebrandt par l'intermédiaire du
groupe GP Ib-IX-V.
- La plaquette s'active. Elle s'étale et sécrète :
- des granules de réserve contenant de l'ADP (Adénosine
Diphosphate)
- et du thromboxane A2 qu'elle synthétise.
Ces produits de sécrétion vont recruter et activer d'autres
plaquettes circulantes.
- Les plaquettes activées se déforment et subissent une modification
conformationelle de leurs glycoprotéines GP IIb/IIIa qui deviennent
aptes à fixer des ligands moléculaires :
- facteur de Willebrand,
- fibrinogène et
- fibronectine.
Ces ligands vont permettre la formation de ponts moléculaires qui
fixent les plaquettes circulantes aux plaquettes déjà déposées.
C'est ainsi que se construit un thrombus qui pourra :
- s'incorporer à la plaque,
- provoquer une occlusion ou
- aboutir à une embolie.
1.3 Conséquences cliniques :
La plaque d'athérome est asymptomatique. Les conséquences
cliniques de la rupture, de la fissuration ou de l'érosion de la capsule
fibreuse qui la recouvre, dépendent principalement des phénomènes
thrombotiques et vasomoteurs qui y son associés. Ces conséquences
peuvent être - ou non - symptomatiques (Fig. 1.3).
1.3.1 Rupture asymptomatique :
La majorité des ruptures de plaque sont asymptomatiques. Ces évènements
participent à la progression des lésions, avec l'intégration
des thrombi muraux à la plaque sous-jacente [91].
1.3.2 Rupture symptomatique :
Les manifestations symptomatiques se font soit à la suite de l'obstruction
de l'artère par le thrombus, soit par libération d'un
embol [16] :
- Infarctus du myocarde et Angor instable : ils sont provoqués
principalement par une thrombose des artères coronaires.
Dans l'angor instable, la réaction thrombotique - associée
à une réaction vasomotrice - provoque une réduction
brutale du flux sanguin coronaire [91].
Dans l'infarctus, une période d'occlusion artérielle
plus ou moins prolongée provoque une ischémie myocardique
[91].
- Accident vasculocérébral ischémique : il apparaît
lorsqu'une artère, à destinée cérébrale ou intracrânienne, est
obstruée par un thrombus ou un embol. Les artères cérébrales
susceptibles d'être obstruées par un thrombus sont généralement
atteintes d'athérosclérose, tandis que l'embol peut avoir une
origine cardiaque, périphérique ou cérébrale.
- Artériopathie oblitérante des membres inférieurs :
elle est généralement provoquée par une athérothrombose localisée au
niveau des artères des membres inférieurs.

Figure 1.3 : Processus pathologique de l'athérothrombose
[16].
1.4 Conclusion :
La réaction thrombotique qui se développe sur la brèche vasculaire
lors de la rupture d'une plaque explique le large intérêt porté aux
traitements antithrombotiques, aussi bien en prévention primaire que
secondaire.