I - B - Diversité des mécanismes de maturation :
La synthèse et la libération des neuro-peptides sont conditionnées par plusieurs étapes de maturation d'un précurseur qui peut être adressé soit dans la voie constitutive, soit dans la voie régulée de sécrétion. Selon leur équipement en enzymes de maturation, les cellules pourront donc libérer des peptides différents.
Ainsi, on assiste souvent à la libération de formes "longues", correspondant à une maturation partielle du propeptide. Ces formes longues peuvent correspondre à des peptides de réserve, biologiquement inactifs en l'état. Ainsi par exemple, la
b-endorphine, un peptide opioïde, est libérée à partir de la
b-lipotropine (
bLPH), un peptide synthétisé au cours de la maturation de la proopiomélanocortine (POMC) (
Figure 3). La
bLPH n'a pas d'activité de type opioïde intrinsèque mais une activité de type lipo-trophique (Anselmino and Hoffmann, 1966; Kastin, et al., 1975).
Par contre, les formes longues peuvent représenter dans certains cas un "super" agoniste biologiquement actif, car leur dégradation sera notablement ralentie par rapport à celle du peptide totalement maturé. Ainsi, dans l'intestin, le précurseur neurotensine-neuromédine N subit une maturation différentielle qui aboutit à la libération de la "big NN", un peptide plus long que la neuromédine N (NN) et plus résistant à l'hydrolyse (Kitabgi, et al., 1992).
Enfin, les diverses formes du peptide peuvent présenter des affinités différentes pour plusieurs sous-types de récepteurs, et donc activer préférentiellement certaines voies de transduction. Ainsi, les modifications post-traductionnelles du précurseur de la CCK engendrent, par coupures protéolytiques au niveau des divers sites mono et dibasiques, une famille de peptides de longueurs différentes, les CCK-4, -5, -8, -33, -39 et -58 (Eng et al., 1990; Fournie-Zaluski et al., 1985; Linden et) al., 1989; Sankaran et al., 1981). Il semble qu'à la périphérie, les formes longues activent les récepteurs CCKA pour induire un syndrome comportemental de satiété (Lin et al., 1991; Reeve et al., 1991) ; en revanche dans le cerveau, les formes courtes modulent l'état anxieux, en particulier la CCK-4 qui est capable d'induire des attaques de panique chez les sujets prédisposés (Bradwejn 1993; Jerabek et al., 1999a; Jerabek et al., 1999b; van Megen et al., 1996).