III - Localisation de la neurotensine :
III - B - La neurotensine en périphérie :
- Localisation cellulaire de la neurotensine :
90 % du contenu en neurotensine de l'organisme se trouve dans les tissus périphériques (Carraway and Leeman, 1976). Deux types cellulaires contiennent de la neurotensine : des cellules nerveuses et des cellules endocrines. Dans certains organes, la NT présente les deux types de localisation (pour revue, Reinecke, 1985). Ainsi dans l'intestin, on retrouve la neurotensine dans les cellules endocrines de type N de la muqueuse iléo-jéjunale (Helms-taedter et al., 1977) mais également dans les neurones innervant les muscles lisses de la paroi intestinale (Schultzberg et al., 1980).
On peut donc s'attendre à ce que la neurotensine assure deux types de fonction dans le tractus gastro-intestinal : neurotransmetteur intervenant dans la régulation du péristaltisme intestinal et hormone digestive répondant au contenu du bol alimentaire. On retrouve cette dualité de localisation et certainement de fonction dans la médulo-surrénale (cellules chromaffines et innervation, Kondo, 1985), dans le pancréas exocrine et dans le cœur, (Reinecke, 1985; Reinecke et al., 1982).
- Localisation régionale de la neurotensine :
Les principaux résultats de cartographies réalisées par les techniques radioimmuno- logiques sont résumés dans le tableau 2 : on notera que l'essentiel de la neurotensine de l'organisme est synthétisé dans l'intestin (
Tableau 2). Ce mécanisme doit être, au moins partiellement, indépendant du type d'alimen-tation et du mode de digestion, puisqu'on retrouve la NT dans le tractus de toutes les espèces étudiées, quel que soit leur régime alimentaire (Sundler et al., 1977) : rongeurs (Carraway and Leeman, 1976; Schultzberg et al., 1980; Kislauskis et al., 1988), herbivores ruminants (Lucini et al.,1999), omnivores (Hammer et al., 1980), carnivores (Orci et al., 1976), oiseaux granivores (Salvi et al., 1996) et poissons (Reinecke et al., 1980).
Toutefois, chez les espèces les plus primitives, la neurotensine est localisée essentiellement au niveau de la jonction pylore-duodénum, plutôt qu'au niveau de l'iléon comme chez les mammifères. Nous verrons plus loin quelle pourrait être l'importance fonctionnelle de la NT dans le tractus digestif.
L'innervation neurotensinergique est présente à tous les niveaux du système cardio-vasculaire. Dans le cœur, les fibres à NT se retrouvent non seulement dans le myocarde atrial et ventriculaire, mais aussi dans les coronaires et dans le sinus carotidien (Weihe, et al., 1984). Au niveau vasculaire, la NT est présente dans l'ensemble de l'arborisation artérielle et veineuse, en particulier au niveau pulmonaire, rénal, splanchnique, hépato-pancréatique et gastro-intestinal ; la NT est présente également dans les vaisseaux cérébraux et dans les microvaisseaux de la peau (Hartschuh et al., 1983; Reinecke, 1985). Du reste, on se rappelera que la NT a été découverte et purifiée grâce à ses propriétés vasodilatatrices périphériques : chez le lapin, une injection intra-veineuse de NT entraîne une rougeur importante des oreilles (Carraway and Leeman, 1973; Carraway and Leeman, 1975).
- Colocalisation avec d'autres neuro-transmetteurs :
Comme dans le système nerveux central, la neurotensine en périphérie est colocalisée avec de nombreux neurotransmetteurs et/ou hormones avec lesquels elle pourra interagir. Ceci rendra la compréhension de ses modes d'action périphérique extrêmement délicate.
Ainsi la neurotensine se retrouve souvent dans des cellules catécholaminergiques : cellules chromafines noradrénergiques de la glande surrénale (Kondo, 1985) ; cellules amacrines glycinergiques (Watt et al., 1985; Weiler and Ball, 1984) ou dopaminergiques (Bauer et al., 1985; Karten and Brecha, 1983) de la rétine ; cellules nerveuses adrénergiques et endocrines dopaminergiques intestinales (Nelson et al., 1988).
Au niveau cardiovasculaire, la NT est fréquemment associée au VIP et à la substance P (Reinecke, 1985; Reinecke and Forssmann, 1984). Dans le tractus gastrointestinal de rat, la NT et la calbindine sont colocalisées aussi bien dans les cellules endocrines que dans les cellules nerveuses (Houghton et al., 1992).
- Localisation du messager :
Les quelques études qui ont été réalisées sur ce sujet n'ont pas montré de différences significatives de localisation entre le messager et le peptide (Kislauskis et al., 1988). En revanche, on peut noter dans certains cas une discordance importante entre la variabilité du taux de peptide, en réponse à une stimulation, et la stabilité de l'expression du messager. C'est le cas par exemple dans l'iléon où l'augmentation rapide du taux de peptide, en réponse au contenu du bol alimentaire, est purement post-traductionnelle (Evers et al., 1991; Evers et al., 1993b).