III - Localisation de la neurotensine :
III - C - La neurotensine dans l'oeil :
L'oeil est un organe complexe qui présente une structure tout à fait originale (
Figure 10). La partie anté-lenticulaire et lenticulaire comprend des muscles constricteurs et dilatateurs, sous contrôle parasympathique et sympathique. La partie post-lenticulaire est tapissée par la rétine, constituée de neurones hautement spécialisés. Les axones des cellules ganglionnaires forment le nerf optique qui se projette directement sur le cortex visuel primaire. Ceci permet de considérer la rétine comme un prolongement du système nerveux central.
La neurotensine est présente dans ces deux compartiments, chez de très nombreuses espèces, y compris les poissons. Dans la région post-lenticulaire, la NT a été localisée dans la rétine, dans les couches plexiforme et nucléaire interne (Elbadri et al., 1991; Tervo et al., 1982). Les cellules concernées sont des cellules amacrines (Fukuda et al., 1981; Osborne, 1986), c'est-à-dire des interneurones de la couche nucléaire interne qui établissent des contacts entre les cellules bipolaires et les cellules ganglionnaires dans la couche plexiforme interne (
Figure 10). Les cellules amacrines n'ont pas d'axone, et n'envoient pas de prolongements à l'extérieur de la rétine. La neurotensine a été retrouvée essentiellement dans une sous-population de cellules amacrines glycinergiques, contenant à la fois des enképhalines, de la neurotensine et de la somatostatine (ENSLI amacrine cells,
Figure 11, Watt et al., 1985).
In vitro, la libération de neurotensine est induite par une concentration dépolarisante de potassium (Osborne, 1986).
In vivo, on a constaté une augmentation de la libération des trois neuropeptides par ces cellules pendant les périodes de faible luminosité (Morgan et al., 1994; Yang, et al., 1997b), couplée à une augmentation de la concentration intracellulaire en peptides pendant les périodes de forte luminosité. Cette réponse semble donc obéir non pas à un rythme circadien mais à un rythme lumière-obscurité. En présence de lumière, c'est au contraire une sous-population de cellules amacrines dopaminergiques qui est activée (Morgan and Boelen, 1996).
Ces observations, ajoutées au fait que la neurotensine est présente dans le noyau géniculé et le noyau suprachiasmatique, permettent de penser que l'activation séquentielle des cellules amacrines ENSLI pourrait intervenir dans l'adaptation centrale aux transitions obscurité-lumière.
Dans la région lenticulaire, la neurotensine est exprimée dans l'épithelium oculaire ciliaire qui est une bicouche de cellules neuroépithéliales spécialisées dans la sécrétion de l'humeur aqueuse et la régulation de la pression intra-oculaire (Coca-Prados et al., 1999; Hayes et al., 1992; Ortego and Coca-Prados, 1997). La neurotensine retrouvée dans l'humeur aqueuse est très certainement libérée par l'épithélium ciliaire. La neurotensine est également présente dans l'iris, et une étude par immunohisto-fluorescence a montré que la NT semblait être essentiellement localisée sur les fibres musculaires du sphincter et colocalisée avec la tyrosine hydroxylase (Hernandez and Jennes, 1989).