IV - Ontogénie de la neurotensine :
IV - A - La neurotensine dans le système nerveux central :
La neurotensine dans le système nerveux apparaît de façon précoce au cours de l'ontogenèse. Chez le rat, des études d'immuno-histochimie ont mis en évidence la présence de NT dès le 16° jour embryonnaire dans le bulbe olfactif, le cortex piriforme et les noyaux de l'amygdale (Hara et al., 1982). La NT apparaît donc avant que ne s'établissent les connections synaptiques, ce qui laisse supposer que ce peptide pourrait intervenir dans la mise en place du système nerveux central. Selon les régions étudiées, deux types de profil de maturation se dessinent.
Dans le premier type, le nombre de neurones contenant de la NT et les taux de NT augmentent rapidement en début de période post-natale pour atteindre un maximum autour du 7ème jour. Le nombre de cellules NT positives et le taux de peptide diminuent ensuite rapidement. C'est le cas dans les bulbes olfactifs, les noyaux de l'amygdale, le lit de la strie terminale, le subiculum, les cortex cingulaire et entorhinal (Hara et al., 1982), le noyau du tractus solitaire (Minagawa et al., 1983) ou le striatum (Zahm et al., 1990).
Dans le deuxième type de profil, au contraire, les taux de neurotensine augmentent progressivement pour se stabiliser au niveau présent chez l'adulte. C'est le cas en particulier dans le cortex piriforme, les noyaux ventriculaires de l'hypothalamus (Hara et al., 1982), le noyau suprachiasmatique et le noyau cunéiforme du tractus spinal trijumeau (Minagawa et al., 1983).
Dans la moelle épinière, la NT apparaît avant la naissance et suit ensuite ce même profil de maturation (Senba et al., 1982).
Chez l'homme, des concentrations élevées de NT apparaissent également de façon transitoire, et diminuent notablement chez l'adulte. C'est le cas en particulier dans le cortex et les corps mammillaires (Michel et al., 1986; Sakamoto et al., 1987) ou le noyau inférieur de l'olive (Mailleux and Vanderhaeghen, 1988).
Ces résultats sont à mettre en relation avec les taux de neurotensine présents dans le liquide céphalo-rachidien chez l'enfant : très élevés à la naissance, ils diminuent drastiquement au cours de la première année post-natale. (Coquerel et al., 1992; Hedner et al., 1989). Il est probable que cette diminution soit liée à la diminution de l'expression de NT dans le tissu nerveux, même si on ne peut écarter l'hypothèse que les taux élevés à la naissance peuvent aussi résulter d'une moins bonne efficacité dans les mécanismes d'élimination du peptide à cet âge.
Les variations des taux d'ARN messagers sont à peu près calquées sur celles du peptide : dans certaines zones, le taux de messager décroît de façon drastique peu de temps après la naissance (cortex, noyau caudé) alors qu'ailleurs ce taux atteint une valeur plateau (aire ventro-tegmentale, noyau de l'amygdale, noyau latéral de l'hypothalamus) (Sato et al., 1991).
Dans la rétine, la neurotensine apparaît dès le 19° jour embryonnaire chez le poussin et augmente très progressivement jusqu'à l'éclosion. Les taux de neurotensine augmentent ensuite très rapidement pour atteindre une valeur maximale dès le 5° jour postnatal (
Figure 12, Yang et al., 1997b). Ce profil est identique à celui observé pour les enképhalines et la somatostatine contenues dans les cellules amacrines ENSLI. Cette augmentation est sous la dépendance de la lumière, car les animaux maintenus à l'obscurité après l'éclosion présentent un taux de peptides beaucoup plus faible (
Figure 13, Yang et al., 1997a).