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La neurotensine : un peptide modèle pour l'étude de la neurotransmission

Auteur : Dr. Nicole ZSÜRGER

CNRS UPR 411. Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire. Sophia Antipolis, France.

IV - Ontogénie de la neurotensine :

IV - B - La neurotensine en périphérie :

Bien que les données sur ce sujet soient encore très fragmentaires, on peut déjà dire que la neurotensine apparaît dans le tractus gastro-intestinal bien avant la naissance.
Elle est présente dès la fin de la 2° semaine embryonnaire dans le côlon de souris (Upchurch et al., 1996), à partir de la 6° semaine de gestation dans l'intestin de porc (Alumets et al., 1983) et au cours du 3° trimestre de gestation dans l'intestin du mouton (Read and Shulkes, 1991). Chez cette dernière espèce, il a été montré dès cet âge un taux de neurotensine plasmatique aussi élevé que chez l'adulte.

Chez le rat, la NT est présente avant la naissance dans le tractus gastro-intestinal (Sundler et al., 1977). Une étude détaillée a permis de montrer que, dans la partie proximale du tube digestif (œsophage, estomac et intestin grèle) les taux de NT augmentent progressivement pour atteindre juste avant le sevrage la même valeur que chez l'adulte ; après le sevrage, ces taux augmentent de façon importante et transitoire pour revenir vers le 25° jour au même niveau que l'adulte. Des variations de régime alimentaire ont mis en évidence une corrélation directe entre le sevrage et cette surexpression transitoire (Muraki et al., 1987a). Dans la partie distale du tube digestif (gros intestin et cœcum) les taux maxima sont observés durant la période néonatale, puis ils diminuent progressivement pour se stabiliser à un niveau adulte très bas vers le 25° jour (Muraki et al., 1987a).

L'expression du gène NT/NN, étudiée chez le rat, confirme les résultats obtenus précédemment : le gène de la NT est exprimé dans le tube digestif dès la 2° semaine embryonnaire. Présent tout le long du tractus digestif au cours de la vie embryonnaire (estomac, intestin, côlon, pancréas et foie), il n'est plus détecté que dans l'intestin grèle chez l'adulte (Evers et al., 1993a; Wang and Evers, 1999). De même chez l'homme, le gène de la neurotensine est présent dans le côlon au cours du développement embryonnaire avec un maximum entre la 12° et la 16° semaine de gestation mais disparaît totalement dès la 24° semaine de gestation (Evers, et al., 1996).

En résumé, on peut donc souligner l'importance de l'expression de la neurotensine au cours du développement embryonnaire et post-natal. Cette observation est à corréler avec le fait que de nombreuses lignées de cellules cancéreuses, c'est-à-dire de cellules prolifératives et dédifférenciées, expriment à nouveau la neurotensine et/ou des récepteurs de NT : carcinome folliculaire de la thyroïde (Ljungberg et al., 1983), adénocarcinome colique (Evers et al., 1996; Ulich et al., 1983), cancers du poumon à petites cellules (Goedert et al., 1984; Moody et al., 1985), néoplasme thymique (Herbst et al., 1987), hépatocarcinome fibrolamellaire (Kwee, 1989), carcinome neuroendocrinien de la vessie (Lertprasertsuke and Tsutsumi, 1991), cancers de la prostate (Moody et al., 1998) et du pancréas (Chen et al., 1996).

On peut donc penser que ce peptide pourrait intervenir comme facteur trophique et être impliqué aussi bien dans le développement normal que dans la promotion et/ou la prolifération des cellules malignes, particulièrement au niveau intestinal et pancréatique. Ce dernier point sera discuté plus loin.

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