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Mécanismes de la signalisation médiée par les récepteurs couplés aux protéines-G.

Auteur : Dr. Philippe SARRET - CNRS UPR 411 - Sophia Antipolis, France.

Institut et Hôpital Neurologique de Montréal, Université McGill - Montréal, Québec, Canada.


III-2 ETUDE DE L'EXPRESSION, DE LA REGULATION CELLULAIRE ET DU ROLE FONCTIONNEL DES RECEPTEURS DE LA SOMATOSTATINE IMPLIQUES DANS LE CONTROLE DU TAUX DE L'HORMONE DE CROISSANCE

  Figure 23
La régulation du taux (expression et sécrétion) de l'hormone de croissance est contrôlée, au niveau des cellules glandulaires somatotropes, par deux hormones hypothalamiques : le SRIF et la GHRH (figure 23). L'action inhibitrice du SRIF, synthétisé par les neurones du noyau périventriculaire, est contrebalancée par le rôle activateur de la GHRH, produite par les neurones du noyau arqué. Cette double régulation, nécessitant la présence de récepteurs spécifiques à la surface membranaire, va permettre de moduler concurremment la libération et la transcription génique de l'hormone de croissance. De plus, il semble maintenant bien établi que ces effets sur la sécrétion et la synthèse de la GH soient indépendants (Barinaga et al., 1985 - Fukata et al., 1985).

Quels sont les mécanismes mis en jeu pour contrôler le taux de l'hormone de croissance ?
    - La sécrétion de l'hormone de croissance est contrôlée par le SRIF et la GHRH.
    Le modèle proposé pour la régulation de l'exocytose de la GH associe plusieurs voies signalétiques différentes (AMPc dépendantes et indépendantes) : (1) couplage des récepteurs à l'adénylate cyclase ; (2) modulation de l'activité des canaux calciques et potassiques ; (3) régulation des protéines phosphatases ; (4) couplage des récepteurs à l'exocytose des granules de sécrétion par la calcineurine (pour revue : Patel, 1992 - Patel, 1999 - Tannenbaum et Epelbaum, 1999).

    - Ces deux neurohormones ont des rôles distincts concernant la synthèse de l'hormone de croissance.
    L'activation de la synthèse de la GH par la GHRH passe par l'accumulation intracellulaire d'AMPc. Cette élévation du taux de second messager conduit à la phosphorylation et à l'activation du facteur de transcription CREB par la PKA (Sheng et al., 1991). Une des cibles de CREB est le gène du facteur de transcription pituitaire Pit-1, impliqué dans la multiplication des cellules somatotropes et dans la régulation du gène de la GH (Müller et al., 1999). Cette cascade constitue alors la voie d'activation de la transcription de la GH par la GHRH.
L'éventualité d'un effet inhibiteur du SRIF sur la transcription génique n'avait jusqu'à ce jour jamais été démontré. L'ensemble des données s'accorde à dire que le SRIF n'influence ni la synthèse de la GH (Barinaga et al., 1985 - Fukata et al., 1985 - Simard et al., 1986), ni même la transcription génique induite par la GHRH et ce en dépit de la réduction intracellulaire d'AMPc (Billestrup et al., 1986 - Tanner et al., 1990). Cependant, nos résultats ont récemment montré d'une part que la somatostatine exerce une action inhibitrice sur l'expression de la GH et d'autre part que cet effet nécessite l'endocytose du complexe ligand-récepteur (développé plus loin ; voir chapitre III-231).


III-21 Rôle du récepteur de la somatostatine sst2A et de son variant d'épissage sst2B dans la régulation hypothalamique versus hypophysaire de l'hormone de croissance par le SRIF :

Article I :
Sarret P., Botto J-M., Vincent J-P., Mazella J. and Beaudet A. (1998a). Preferential expression of sst2A over sst2B somatostatin receptor splice variant in rat brain and pituitary. Neuroendocrinology. 68, 37-43.

Le récepteur sst2 joue un rôle déterminant dans la transduction de l'effet inhibiteur du SRIF sur la sécrétion de l'hormone de croissance (Raynor et al., 1991 - Beaudet et al., 1995 - Mezey et al., 1998). Etant donnée l'existence de deux isoformes générées par épissage alternatif à partir du même gène, une forme longue (sst2A) et une forme épissée (sst2B) (Vanetti et al., 1992), il était intéressant de connaître la distribution relative de ces deux récepteurs afin d'apprécier leur fonction respective dans la régulation de la sécrétion de la GH.

La détection des ARNm dans différentes régions cérébrales (souris et rat) ainsi que leur présence éventuelle au niveau glial ont donc été entreprises en utilisant la technique de RT-PCR (article I).

Chez la souris, les messagers des deux récepteurs sont retrouvés dans le cortex, l'hypothalamus, le striatum, le cervelet ainsi que dans les cellules adénohypophysaires AtT-20, le récepteur sst2B n'étant jamais exprimé indépendamment du sst2A. Contrairement à ce qui avait été supposé précédemment sur la base d'études d'immunohistochimie (Dournaud et al., 1996 - Schindler et al., 1997) et d'hybridation in situ (Beaudet et al., 1995), le sst2B n'est pas exprimé dans le noyau arqué de rat.

Le sst2A est donc l'isoforme qui serait associé aux neurones à GHRH du noyau arqué (Tannenbaum et al., 1998) et pourrait être impliqué dans l'effet central du SRIF sur les neurones à GHRH (Zheng et al., 1997). Ce récepteur n'est vraisemblablement pas le seul impliqué ; une étude récente (abordée par la technique des oligonucléotides antisens) montrant l'implication du récepteur sst1 dans la régulation intrahypothalamique de la sécrétion de la GH par le SRIF (Lanneau et al., 2000). L'association préférentielle du sst2B à la glande pituitaire et son absence de l'hypothalamus (noyau arqué) attribue plutôt à ce récepteur un rôle inhibiteur sur la sécrétion de la GH au niveau hypophysaire.

Au cours de cette étude, nous avons pu montrer, en accord avec d'autres travaux (Heidet et al., 1990 - Taylor et al., 1994 - Feindt et al., 1995 - Krisch et al., 1998) que les cellules gliales en culture n'expriment que le récepteur sst2A. L'absence de détection d'immunoréactivité correspondant au sst2A sur les astrocytes in vivo (Dournaud et al., 1996 - Schindler et al., 1997) pourrait reflèter un état de réactivité gliale. La présence de ce récepteur sur les astrocytes suggère que le SRIF pourrait médier des actions trophiques et synaptogéniques au cours du développement (Viollet et al., 1997).


III-22 Désensibilisation, internalisation et maintien à la surface cellulaire des récepteurs de la somatostatine sst5 : Rôle possible dans le contrôle de la sécrétion de l'hormone de croissance au niveau hypophysaire :

Article II :
Stroh T., Jackson A.C., Sarret P., Dal Farra C., Vincent J-P., Kreienkamp H-J., Mazella J. and Beaudet A. (2000). Intracellular dynamics of sst5 receptors in transfected COS-7 cells: maintenance of cell surface receptors during ligand-induced endocytosis. Endocrinology. 141, 354-365.

La régulation dynamique de la signalisation par les récepteurs couplés aux protéines-G nécessite le maintien de la balance entre les mécanismes contribuant à l'initiation, à l'arrêt et au rétablissement du signal. L'activation du récepteur par l'agoniste est suivie, pour la majorité des RCPG, par l'endocytose du complexe ligand-récepteur. Si l'internalisation a été considérée, dans un premier temps, comme un simple mécanisme d'atténuation du signal, elle constitue maintenant une étape cruciale pour la resensibilisation des RCPG (voir chapitre II-36).

Afin de préciser les mécanismes de régulation et les rôles éventuels du sous-type de récepteurs sst5, nous avons, en collaboration avec le Dr. Thomas Stroh et le Pr. Alain Beaudet, approfondi la caractérisation des propriétés d'internalisation de ce récepteur par transfection dans les cellules COS-7. Du point de vue technique, nous avons utilisé un dérivé iodé de la somatostatine, le 125I-Tyr0-[D-Trp8]-SRIF-14 pour les études biochimiques, un ligand fluorescent l'a-Bodipy rouge 576/589-D-Trp8-SRIF-14, synthétisé par Claude Dal Farra au laboratoire, pour l'imagerie en microscopie confocale et un anticorps spécifique du sst5 pour la microscopie électronique (article II).

- Les études biochimiques effectuées sur les cellules COS-7 après transfection transitoire du récepteur sst5 ont permis d'obtenir l'affinité de la somatostatine iodée et des différents analogues du SRIF (Kd = 0,4 nM à 2,3 nM). En accord avec les études antérieures, une meilleure affinité est obtenue pour le SRIF-28 (O'carroll et al., 1992 - Raynor et al., 1993 - Hoyer et al., 1994). De plus, le déplacement observé avec l'analogue fluorescent (Kd = 2 nM) valide l'utilisation de ce dérivé pour les expériences d'imagerie en microscopie confocale. Dans le même temps, les cinétiques d'association du 125I-Tyr0-[D-Trp8]-SRIF-14 effectuées sur cellules entières ont permis de montrer que le complexe ligand-récepteur (T1/2 = 10 min) est séquestré (45 % d'internalisation) via les vésicules de clathrine (sucrose et PAO sensibles) puis recyclé partiellement à la surface cellulaire (monensine sensible) (Koenig et Edwardson, 1997). Il avait été observé au préalable que seul le SRIF-28 pouvait induire l'internalisation du sst5 de rat (Roostermann et al., 1997 - Roth et al., 1997). Nos résultats, obtenus avec un analogue du SRIF-14, en accord avec ceux sur le sst5 humain (Hukovic et al., 1998) indiquent clairement le rôle du SRIF-14 sur l'endocytose du complexe SRIF-sst5.

- Le dérivé fluorescent a-Bodipy rouge 576/589-D-Trp8-SRIF-14, suivi par imagerie en microscopie confocale, internalise rapidement, passant progressivement de la région péri-membranaire à un compartiment intracellulaire proche du noyau. Par contre, l'immunoréactivité correspondant au récepteur sst5 (après un prétraitement à la cycloheximide pour empêcher toute nouvelle synthèse de récepteur) reste concentrée à la surface membranaire. Le profil décrit ici pour le ligand fluorescent est comparable à celui des cellules COS-7 transfectées par l'ADNc du sst2A (Nouel et al., 1997a). Par opposition, le ligand est maintenu à la périphérie de la cellule après transfection par l'ADNc codant pour le sst1 (Nouel et al., 1997a). Le compartiment intracellulaire où est adressé le fluo-SRIF a été identifié comme étant le complexe trans-Golgien par son immunoréactivité syntaxine-6 positive (résultat non publié). Cet adressage vers un compartiment vésiculaire non acide avait déjà pu être visualisé pour un autre neuropeptide, la neurotensine (Vandenbulcke et al., 1998).

A la différence des récepteurs sst2A (Sarret et al., 1999) et sst3 (Roostermann et al., 1997 - Roth et al., 1997) pour lesquels une baisse rapide du nombre de récepteurs de la surface cellulaire est observée, la quantité de récepteur sst5 présent au niveau de la membrane plasmique est augmentée. La redistribution des récepteurs, observée par microscopie électronique, après exposition à l'agoniste, confirme la présence de récepteurs sst5 dans un compartiment vésiculaire interne. Le maintien du sst5 à la surface cellulaire peut donc être attribué au recyclage du récepteur et à la mobilisation de stocks intracellulaires de récepteurs intacts.

Les cellules somatotropes responsables de la sécrétion de la GH expriment majoritairement les récepteurs sst2 et sst5 (Kumar et al., 1997 - Day et al., 1995 - Epelbaum et al., 1998 - Kimura et al., 1998 - Mezey et al., 1998). La plupart des études s'accorde pour désigner le sst2 (Raynor et al., 1993 - Shimon et Melmed, 1997 - Yang et al., 1998 - Lanneau et al., 2000) et le sst5 (Briard et al., 1997 - Shimon et Melmed, 1997 - Rohrer et al., 1998 - Patel, 1999) comme les récepteurs responsables de la régulation de la GH au niveau hypophysaire. Il est alors possible d'envisager que le récepteur sst2, dont la désensibilisation est très rapide (Koenig et al., 1997 - Beaumont et al., 1998), agit dans un premier temps sur la régulation de la GH. Par la suite, le sst5, maintenu à la surface cellulaire, permet la prolongation des effets du SRIF après "down regulation " du sst2. Des résultats récents impliqueraient aussi le sst1 dans le contrôle de la sécrétion de la GH (Kreienkamp et al., 1999).


III-23 Rôle de l'internalisation du complexe ligand-récepteur sur l'expression génique :

L'internalisation peut initier une seconde cascade signalétique indépendante de la voie classique passant par les protéines-G (voir chapitre II-363). Nous allons voir ici que l'endocytose ligand-dépendante des récepteurs de la somatostatine affecte l'expression de l'hormone de croissance dans les cellules hypophysaires AtT-20 (Sarret et al., 1999 - article III) et contrôle l'expression génique et membranaire des récepteurs de la somatostatine sst2A (Boudin et al., soumis pour publication - article IV).

III-231 Rôle de l'internalisation du complexe SRIF-récepteur sur la régulation de l'expression de l'hormone de croissance (GH) :

Article III :
Sarret P., Nouel D., Dal Farrra C., Vincent J-P., Beaudet A. and Mazella J. (1999). Receptor-mediated internalization is critical for the inhibition of the expression of growth hormone by somatostatin in the pituitary cell line AtT-20. J. Biol. Chem. 274, 19294-19300.

La somatostatine exerce un effet inhibiteur, passant par l'activation de voie AMPc dépendante et indépendante, sur la libération de la GH par les cellules somatotropes (voir chapitre III-2). L'idée d'un effet inhibiteur du SRIF sur l'expression de la GH a été postulée (Lamberts et al., 1991 - Theill et Karin, 1993) puis montrée in vivo (Sugihara et al., 1993). Cependant, ce rôle a été interprété, par la suite comme indirect impliquant l'inhibition centrale de la GHRH (Tanner et al., 1990 - Bluet-Pajot et al., 1998).

  Figure 24
Le modèle cellulaire sur lequel nous avons effectué notre étude est la lignée tumorale adénohypophysaire AtT-20. Le choix de cette lignée réside dans la très forte liaison de la somatostatine et la présence de quatre des cinq sous-types de récepteur de la somatostatine (sst1, sst2, sst4, sst5) sur ce type cellulaire (Patel et al., 1994). Par ailleurs, nous avons vérifié, par immunocytochimie, la présence de la GH dans les cellules AtT-20 (figure 24).

La première partie de cette étude a consisté à montrer l'internalisation du SRIF, et l'effet inhibiteur du peptide sur l'expression du gène de l'hormone de croissance dans les cellules AtT-20. Des observations antérieures montrant l'internalisation et la translocation dans le noyau de 125I-SRIF pouvaient laisser supposer un rôle de l'internalisation sur l'activité transcriptionnelle dans cette lignée cellulaire (Morel et al., 1986). Les expériences de liaison réalisées avec la somatostatine iodée sur les cellules AtT-20 à 37°C montrent qu'une grande partie du ligand lié (75%) est internalisée. Lorsque les mêmes expériences sont réalisées à 4°C ou en présence de sucrose, la proportion de ligand internalisé est négligeable.

Nous avons alors utilisé ces propriétés d'internalisation pour mesurer l'influence de la somatostatine sur l'expression de la GH dans les cellules AtT-20 à 37°C, condition dans laquelle le peptide est séquestré, et comparé ces résultats à ceux obtenus à 4°C ou en présence de sucrose. Cette étude effectuée par RT-PCR quantitative, technique permettant de mesurer avec précision les variations du taux d'ARNm, a permis de montrer qu'à 37°C, la somatostatine diminue l'expression du messager de la GH. Par contre lorsque l'internalisation est inhibée, l'effet sur l'expression de la GH est bloquée.
Afin d'écarter l'hypothèse d'un effet inhibiteur du système adénylate cyclase (ou d'un autre mécanisme AMPc indépendant) sur l'expression de la GH, nous avons effectué deux types d'expériences :
    (1) bloquer l'effet inhibiteur du SRIF sur la cyclase par la toxine pertussique (PTX) et regarder si le SRIF continue d'internaliser et de provoquer son effet inhibiteur sur l'expression de la GH.

    (2) bloquer l'internalisation (par abaissement de la température à 4°C ou en présence de sucrose) et mesurer l'action de ce blocage sur l'effet du peptide sur la cyclase.
Ces études ont permis d'établir que :
    (1) le blocage de la voie AMPc par la PTX n'inhibe ni l'internalisation, ni l'effet sur l'expression de la GH.

    (2) lorsque l'internalisation est inhibée, l'effet sur l'expression de la GH est bloqué alors que l'action inhibitrice de la somatostatine sur l'adénylate cyclase est conservée.
Afin de déterminer les mécanismes et de comprendre le rôle de cette internalisation, nous avons essayé de voir par microscopie confocale, si le devenir du ligand et des récepteurs sont communs ou s'ils diffèrent après internalisation. L'approche expérimentale consiste, à l'aide d'un ligand fluorescent du SRIF et d'anticorps spécifiques des diffèrents sous-types de récepteurs du SRIF, à visualiser de manière précise sur les cellules AtT-20, la localisation intracellulaire du ligand et de ses récepteurs au cours du phénomène d'endocytose. Ce travail effectué en collaboration avec le Dr. Dominique Nouel et le Pr. Alain Beaudet (à l'Institut Neurologique de Montréal) a permis d'établir le trajet suivi par le ligand fluo-SRIF. Ce dernier, internalisé à partir de la membrane plasmique est adressé vers des compartiments périnucléaires. Le récepteur sst2A, rapidement endocyté, se retrouve également dans des compartiments intracellulaires situés au coeur de la cellule (Nouel et al., 1997a). Par contre, les récepteurs sst1 et sst5 restent localisés au voisinage de la membrane plasmique (Stroh et al., 2000), et le sst4 n'internalise pas après liaison de l'agoniste (Roosterman et al., 1997 - Roth et al., 1997). Sous l'action du peptide, le parcours intracellulaire des récepteurs séquestrés peut donc être différent d'un récepteur à l'autre mais aussi distinct du devenir du ligand.

Nous avons donc établi le rôle direct du SRIF sur l'expression de la GH dans les cellules AtT-20 et l'importance de l'internalisation du complexe ligand-récepteur dans la transduction de cet effet inhibiteur. A ce stade d'avancement des travaux, il n'est pas possible d'attribuer ce rôle à un sous-type de récepteur sst. Cependant, l'expression majoritaire du sst2A dans les celllules AtT-20 (Patel et al., 1994), sa forte capacité à internaliser le SRIF (Nouel et al., 1997a - Koenig et al., 1998) et son profil d'endocytose comparable à celui du fluo-SRIF suggèrent que ce récepteur pourrait être responsable de l'effet inhibiteur du SRIF sur l'expression de la GH.

La voie par laquelle l'internalisation du complexe ligand-récepteur va réguler l'expression du gène de la GH reste à découvrir. Néanmoins, certaines hypothèses peuvent être proposées :
    - La GHRH active la transcription du gène de la GH en stimulant l'expression du facteur transcriptionnelle Pit-1. Le SRIF peut-il interférer dans cette signalisation en inhibant la synthèse de Pit-1 ?
    Cette voie est difficilement envisageable puisque le traitement prolongé (de 2 à 48 heures) de cellules hypophysaires au SRIF n'affecte pas le taux du facteur Pit-1 induit par la GHRH (Soto et al., 1995).

    - Par ailleurs, il a été montré que l'expression de la GH peut être indépendante du facteur Pit-1 (Kooijman et al., 1997). Il est donc possible d'imaginer qu'un facteur de transcription encore inconnu puisse venir bloquer la synthèse de la GH (Aranda et al., 1992).

    - Certaines études montrent également la régulation du facteur de transcription Pit-1 par des récepteurs nucléaires (Schaufele et al., 1992 - Theill et Karin, 1993). Par analogie, on peut envisager la régulation de l'expression de la GH par des récepteurs nucléaires. Un récepteur de haute affinité pour le SRIF, de masse moléculaire 86 kDa, et ne faisant pas partie de la famille des récepteurs à sept domaines transmembranaires, a été purifié puis cloné à partir de la lignée tumorale gastrique humaine HGT-1 (Reyl-Desmars., 1989 - Le Romancer et al., 1994). Cette protéine, nommée autoantigène Ku, est transloquée au niveau du noyau cellulaire. La présence dans la séquence primaire de motifs de type "leucine zipper" permet à ce genre de protéines de se lier à l'ADN et, ainsi, de jouer le rôle de facteur de régulation de la transcription de certains gènes.
    Puisque cette protéine est capable de se lier au SRIF (localisé à proximité du noyau après internalisation du complexe ligand-récepteur) et surtout qu'elle joue le rôle de facteur de transcription, il est envisageable qu'elle puisse en réponse au SRIF, être transloquée dans le noyau pour y réguler l'expression génique de la GH.

III-232 Contrôle de l'expression génique et membranaire des récepteurs de la somatostatine sst2A par le complexe SRIF-récepteur internalisé :

Article IV :
Boudin H., Sarret P., Mazella J., Schonbrunn A., Beaudet A. (2000). Somatostatin-induced regulation of SST2A receptor expression and cell surface availability in central neurons : Role of receptor internalization. (soumis pour publication).

Après l'exposition à l'agoniste, une des propriétés communes à la majorité des RCPG est de possèder la capacité à réguler l'intensité de la réponse. Typiquement, cette régulation implique la désensibilisation des récepteurs, leur internalisation et leur dégradation (voir chapitre II). La fixation du SRIF à ces récepteurs conduit, dans de nombreux types cellulaires exprimant des récepteurs sst natifs (Hofland et al., 1995 - Koenig et al., 1997 - Sarret et al., 1999) ou recombinants (Hukovic et al., 1996 - Hipkin et al., 1997 - Nouel et al., 1997a - Roth et al.,1997), à l'endocytose du complexe ligand-récepteur. De nombreuses études décrivent les propriétés d'internalisation de ces différents récepteurs et montrent des profils très variables d'un récepteur sst à l'autre (pour revue : Meyerhof, 1998). De plus, un rôle initiateur d'une cascade signalétique distincte de celle opérant à la membrane a été attribué à l'endocytose (Souazé et al., 1997 - Luttrell et al., 1999) (voir chapitre II-363). En revanche, peu de données sont disponibles concernant l'implication de ce processus d'internalisation dans le fonctionnement cérébral.

En collaboration avec le Dr. Hélène Boudin et le Pr. Alain Beaudet (à l'Institut Neurologique de Montréal), nous avons alors étudié le rôle éventuel de l'internalisation du SRIF sur la distribution et l'expression des récepteurs sst2A dans le cerveau de rat. Le claustrum et le noyau basolatéral de l'amygdale choisis pour ce travail présentent une forte expression du sst2A (Perez et al., 1994 - Dournaud et al., 1996 - Schindler et al., 1997) (article IV).

Les résultats obtenus par immunocytochimie avec l'anticorps sst2A et par RT-PCR semi-quantitative indiquent clairement que la synthèse protéique et le taux d'ARNm du sst2A sont régulés par des processus Ca++ dépendants. L'immunoréactivité et l'expression du sst2A sont réduites respectivement de 55 % et de 75 % dans les conditions sans Ca++. L'incubation des coupes correspondant au claustrum et au noyau basolatéral de l'amygdale, en présence de SRIF exogène et en l'absence de Ca++, augmente de manière concomitante la quantité d'ARNm et de protéines du récepteur sst2A. Cet effet du SRIF sur la régulation des récepteurs sst avait déjà été proposé par des études antérieures réalisées dans les cellules hypophysaires GH4C1 (Presky et Schonbrunn, 1988) et dans les insulinomes RINm5F (Sullivan et Schonbrunn, 1988). Par la suite, cette "up-regulation" des récepteurs sst par le SRIF a été démontrée pour le sst2A (Bruno et al., 1994 - Xu et al., 1996 - Kimura et al., 1998 - Froidevaux et al., 1999).

L'information importante apportée par cette étude est que cet effet activateur du SRIF (condition sans Ca++) sur la synthèse protéique et l'expression du sst2A est totalement inhibé en présence d'inhibiteur d'internalisation (PAO et sucrose hyperosmolaire).

Les données de microscopie électronique confirment d'une part que l'inhibition de l'activité neuronale (condition sans Ca++) n'affecte pas la distribution des récepteurs sst2A et d'autre part que l'internalisation du complexe SRIF-récepteur dans les neurones est ligand-dépendante. Cette diminution du nombre de récepteurs sst2A de la surface cellulaire, observée en présence de SRIF (30 % d'inhibition) est également sensible au PAO et au sucrose hyperosmolaire.

Par analogie à la régulation transcriptionnelle de la GH par le SRIF, l'expression génique et membranaire des récepteurs de la somatostatine sst2A est contrôlée directement par le complexe SRIF-récepteur internalisé. La cascade conduisant à la synthèse du récepteur sst2A peut à nouveau nécessiter le recrutement de l'autoantigène Ku (Le Romancer et al., 1994). La découverte récente d'un nouvel élément initiateur de la transcription (inr) en amont du gène du récepteur sst2A, capable de lier le facteur de transcription SEF-2, est également une voie possible d'activation de la formation de récepteurs sst2A (Pscherer et al., 1996).

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