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La famille hétérogène des récepteurs de la neurotensine :
Pharmacologie, signalisation et traffic intracellulaire :


Auteur : Dr. Stéphane MARTIN - IPMC, CNRS UMR 6097, Sophia Antipolis, France.

Adresse actuelle : MRC Centre for Synaptic Plasticity - Department of Anatomy - Bristol University - UK.


Deuxième partie - Les récepteurs de la neurotensine couplés aux protéines-G :

Deuxième partie - Les récepteurs de la neurotensine couplés aux protéines-G :


Dans le chapitre précédent, nous avons examiné les différents effets pharmacologiques de la neurotensine aussi bien au niveau central qu'en périphérie. Ces effets nécessitent la reconnaissance du peptide par des récepteurs dont deux au moins, le NTSR1 et le NTSR2, appartiennent à la famille des récepteurs couplés aux protéines-G (RCPG). Avant de détailler les différences fonctionnelles existant entre ces deux récepteurs de la neurotensine, il convient de faire quelques rappels sur la famille des récepteurs couplés aux protéines-G.


A - Généralités sur les récepteurs couplés aux protéines-G :

A1 - Structure :
La famille des récepteurs couplés aux protéines-G comprend plus d'un millier de membres dont les séquences codantes représentent plus de 1 % du génome (pour revue, Bockaert et Pin, 1999). Ils sont caractérisés par une structure protéique de base commune présentant sept domaines transmembranaires hydrophobes (TM 1-7), trois boucles extracellulaires (E 1-3), trois boucles intracellulaires (I 1-3), une extrémité amino-terminale extracellulaire (Nt) et une extrémité carboxy-terminale intracellulaire (Ct). Bien que possédant une ossature comparable, les RCPG reconnaissent des stimuli aussi variés que des photons, des molécules odorantes, des ions, des amines, des peptides ou bien encore des protéines (Figure 4).

A-2 Classification des récepteurs couplés aux protéines-G :
Malgré leur similitude de structure, les RCPG peuvent être classés en différentes familles en fonction de leur séquence primaire (pour revue, Bockaert et Pin, 1999). Il existe, à ce jour, cinq familles dont la première est divisée en trois sous-groupes (Figure 5).

La famille 1 :
Cette famille est la mieux caractérisée et renferme la majorité des RCPG (environ 90 %). Les membres de la famille 1 présentent des séquences consensus, c'est-à-dire un résidu aspartate dans le second domaine transmembranaire (dont nous reparlerons ultérieurement), la séquence DRY (ou ERY) dans la deuxième boucle intracellulaire et deux cystéines (respectivement sur les boucles extracellulaires E1 et E2) engagées dans un pont disulfure (Probst et al., 1992 ; Baldwin, 1993 ; Baldwin, 1994). Les différents récepteurs constituant cette première famille peuvent être subdivisés en trois groupes suivant le mode et le site de fixation du ligand au récepteur.

La famille 1-a (Figure 5) comprend les récepteurs de petites molécules (amine, odeur, nucléotides…). Ces différents ligands vont se lier à leur récepteur respectif dans une poche hydrophobe située entre les sept hélices transmembranaires au niveau de points d'ancrage très conservés (Strader et al., 1995).

La famille 1-b (Figure 5) regroupe principalement les récepteurs de neuropeptides (neurotensine, tackykinine, bombésine…). Le site de liaison de ces ligands comprend l'extrémité amino-terminale du récepteur mais aussi des portions des boucles extracellulaires E1 et E2 (Trumpp-Kallmeyer et al., 1995).

La famille 1-c aussi nommé " LGR " (Leucine-rich repeat containing GPCR) (Figure 5) contient les récepteurs des hormones glycoprotéiques (LH, FSH…). La liaison de ces hormones à leur récepteur s'effectue, dans un premier temps, au niveau d'une large extrémité amino-terminale (très riche en résidus de leucine) puis dans un deuxième temps au niveau des boucles extracellulaires E1 et E2 (Fernandez et Puett, 1996 ; Ji et al., 1998).

La famille 2 :
Cette famille (Figure 5) comprend une vingtaine de membres et réunit les récepteurs des hormones peptidiques (glucagon, VIP, PACAP, PTH…) apparentés à celui de la sécrétine. Leurs agonistes se lient au niveau de l'extrémité N-terminale des récepteurs avec une participation notable de la boucle E1 et du TM1 (Pantaloni et al., 1996 ; Ulrich et al., 1998).

La famille 3 :
La famille 3 (Figure 5) regroupe des récepteurs caractérisés par une extrémité amino-terminale particulièrement longue d'environ 500 résidus. Le repliement de cette extrémité aboutit à la formation de deux lobes qui constituent le site de liaison de l'agoniste. Parmi les membres de cette famille, on peut compter les récepteurs métabotropiques du glutamate (Hermans et Challiss, 2001), les récepteurs de type B de l'acide g-aminobutyrique (GABA) (Kaupmann et al., 1997) ou encore les récepteurs de phéromones VR et Go-VN couplés aux protéines-G de type Go (Herrada et Dulac, 1997).

La famille 4 :
Cette famille (Figure 5) comprend les récepteurs de phéromone (récepteur VN) couplés aux protéines-G de type Gi et exprimés spécifiquement dans les neurones sensoriels de l'organe voméronasal (Dulac et Axel, 1998).

La famille 5 :
Les récepteurs de la famille 5 de type " frizzled " et " smoothened " sont impliqués dans le développement embryonnaire et ont été mis en évidence chez la drosophile puis chez l'homme.

A3 - Mécanisme d'activation des protéines-G :
L'activation d'un RCPG par son ligand entraîne la transduction d'un message à l'intérieur de la cellule par un mécanisme faisant intervenir les protéines-G hétérotrimériques (Ga, Gbg) liant, suivant leur état d'activation, les nucléotides guanyliques GDP ou GTP (pour revues, Bockaert et Pin, 1998 ; Sarret, 2000). Ainsi, la liaison d'un ligand à son récepteur entraînera, par le jeu de modifications conformationnelles, la catalyse de l'échange de la molécule de GDP (état inactif) en GTP (état actif) au niveau du site nucléotidique de la sous-unité Ga. La liaison du GTP au site actif de la sous-unité Ga induit la dissociation de Ga et de Gbg. Les différentes sous-unités sont alors capables de moduler des effecteurs intracellulaires aussi divers que des enzymes, des canaux ou encore des échangeurs ioniques (Figure 7). L'hydrolyse du GTP en GDP au niveau du site actif de la sous-unité Ga par une GTPase intrinsèque stimulée par des protéines RGS (Regulator of G-protein Signaling) permet le découplage de la sous-unité Ga des effecteurs. L'hétérotrimère Ga-Gbg se forme à nouveau et permet le retour à l'état inactif initial (Figure 6).

A4 - Diversité au niveau des sous-unités des protéines-G :
La diversité des protéines-G, bien que à ce jour nettement inférieure à celle observée pour les RCPG, offre de nombreuses combinaisons possibles entre les sous-unités Ga et Gbg. En effet, comme le montre la figure 7, il existe, à ce jour 17 gènes codant pour la sous-unité Ga qui sont classés en 4 familles présentant différentes susceptibilités vis-à-vis des toxines cholérique (CTX) et pertussique (PTX), 5 gènes codant pour Gb et 12 gènes codant pour la sous-unité Gg (Neer, 1995 ; pour revue, Bockaert et Pin, 1998). La multiplicité des voies de signalisation peut résulter du couplage du récepteur à plusieurs sous-types de protéines-G différentes, mais elle peut aussi découler de l'activation d'un seul sous-type de protéine-G, notamment grâce à la dissociation de ses sous-unités a et bg, ayant chacune la possibilité d'agir sur des effecteurs différents (Figure 7) (Clapham et Neer, 1993 ; pour revues, Bockaert et Pin, 1998 ; Clapham et Neer, 1997).

A5 - Mécanismes d'inactivation du couplage du récepteur aux protéines-G :
L'atténuation du signal intracellulaire faisant suite à l'activation d'un RCPG par son agoniste est la conséquence de la mise en œuvre de quatre mécanismes principaux que sont l'élimination du ligand du milieu extracellulaire, la désensibilisation des récepteurs de la cellule cible, l'internalisation des récepteurs de la surface cellulaire ou encore la régulation négative (down regulation).

A5-1 Elimination extracellulaire du ligand :
La suppression du ligand (en général neurotransmetteurs ou molécules de nature peptidique) présent dans le milieu extracellulaire s'effectue de deux manières. Le ligand extracellulaire peut être éliminé par recapture au niveau de transporteurs spécifiques présents sur la cellule sécrétrice, comme c'est le cas pour la sérotonine ou la noradrénaline ou bien par dégradation directe de l'agoniste, dans le milieu extracellulaire par des enzymes spécifiques situées sur la cellule cible. C'est le cas pour l'acétylcholine qui est dégradée par l'enzyme acétycholinestérase. La dégradation peut également se faire par digestion enzymatique de manière non spécifique au peptide comme pour les neuropeptides neurotensine, somatostatine ou substance P qui peuvent être hydrolysés par l'endopeptidase 24-11 (pour revue, Grady et al., 1997).

A5-2 La désensibilisation :
La désensibilisation a pour but d'arrêter le couplage entre les récepteurs activés et les protéines-G. Ce mécanisme peut avoir lieu de deux manières différentes.

La désensibilisation peut être homologue par un mécanisme qui nécessite deux familles de protéines, les sérine/thréonine kinases GRKs (G-protein coupled Receptor Kinases) qui phosphorylent les récepteurs activés, et les arrestines, qui se fixent aux récepteurs phosphorylés prévenant de cette manière le couplage des protéines-G au récepteur (pour revues, Krupnick et Benovic, 1998 ; Perry et Lefkowitz, 2002). Ce type de désensibilisation a été démontré pour différents récepteurs parmi lesquels le récepteur b2-adrénergique (Pippig et al., 1993), le récepteur muscarinique m2 (Schlador et Nathanson, 1997) ou encore le récepteur a1B-adrénergique (Diviani et al., 1996).

La désensibilisation peut également être hétérologue c'est-à-dire indépendante d'un ligand spécifique mais provoquée par l'activation d'un autre récepteur sur la même cellule. Ce type de désensibilisation fait intervenir la protéine kinase A (PKA) activé par l'AMPc ou la protéine kinase C (PKC) activé par les diacylglycérols. Ainsi, il a été mis en évidence que la PKA participait à la désensibilisation du récepteur b2-adrénergique (Lohse et al., 1990). La désensibilisation hétérologue par la PKC a été démontrée pour les récepteurs de l'angiotensine et de la vasopressine (Zhang et al., 1996) ou encore pour le récepteur muscarinique m1 (Haga et al., 1996).

A5-3 L'endocytose :
L'endocytose est de manière générale un processus très étudié car c'est la voie par laquelle toutes les cellules eucaryotes internalisent les nutriments, les facteurs de croissance ou bien les antigènes. L'endocytose est également pour la cellule un moyen de diminuer le nombre de récepteurs de surface accessibles au ligand (ce qui participe au processus de désensibilisation) mais peut aussi engendrer un signal intracellulaire (pour revues, Sarret, 2000 ; Ferguson, 2001 ; Gruenberg, 2001 ; Takei et Haucke, 2001). Dans ce paragraphe, seule la voie classique d'internalisation passant par les puits tapissés de clathrine (Clathrin-coated pits ou CPs) empruntée par la majorité des RCPG activés sera abordée. Nous nous intéresserons, en particulier, aux différents compartiments traversés par le complexe ligand-récepteur puis par le récepteur seul au cours de l'endocytose.

La machinerie de l'endocytose est très complexe et nécessite l'intervention de nombreux partenaires (Tableau 1 ; pour revue, Takei et Haucke, 2001). Ces différentes protéines jouent un rôle non seulement dans la genèse de la vésicule d'endocytose mais aussi dans la régulation de ce processus (Tableau 1). Ainsi, le recrutement par les protéines adaptatrices AP-2 des molécules de clathrine au niveau de la face interne (cytoplasmique) de la membrane plasmique permet l'assemblage du manteau de clathrine (Figure 8, Tableau 1). Cet assemblage multi-protéique requiert de nombreuses autres protéines cytosoliques appelées protéines accessoires, qui vont participer à la formation de la vésicule d'endocytose (Tableau 1). La dynamine, assemblée en oligomères, permet, par son activité GTPasique intrinsèque l'hydrolyse du GTP et la scission de la vésicule (Figure 8).

Cependant, il faut noter que l'activation d'un RCPG ne conduit pas toujours à la formation de puits tapissés de clathrine (CPs). En effet, Scott et al. ont récemment montré qu'un RCPG, le récepteur de la TRH (Thyrotropin-releasing hormone) activé, n'induisait pas la formation de CPs mais était directement adressé vers des CPs déjà formés au niveau de la membrane plasmique de cellules HeLa en culture (Scott et al., 2002).

Les vésicules d'endocytose, qui contiennent les récepteurs activés, vont transiter dans les différents compartiments endosomiaux (Figure 9 ; pour revue, Gruenberg, 2001). Le complexe ligand-récepteur va tout d'abord être adressé vers un compartiment endosomal dit précoce où se produit une acidification intravésiculaire aboutissant à la dissociation du complexe agoniste-récepteur. C'est à ce niveau que s'effectue le tri des protéines destinées à être recyclées ou dégradées (Figure 9). Les récepteurs qui doivent être recyclés atteignent le compartiment dit de recyclage, au pH moins acide. Les protéines destinées à la dégradation sont, elles, adressées au niveau des endosomes tardifs puis aux lysosomes (Figure 9).

Nous venons de voir que les récepteurs pouvaient être recyclés ou bien adressés vers les lysosomes pour y être dégradés. Il faut cependant noter que la majorité des RCPG sont recyclés vers la surface cellulaire après internalisation. C'est le cas pour le récepteur b2-adrénergique (Von Zastrow et Kobilka, 1992), le récepteur de la substance P (Trejo et Coughlin, 1999) ou encore pour le récepteur de la neurotensine de type 2 de souris (Botto et al., 1998). A l'inverse, certains RCPG, comme le récepteur V2 de la vasopressine (Innamorati et al., 1998), le récepteur PAR-1 activé par la thrombine (Trejo et al., 1998) ou le récepteur de la neurotensine de type 1 (Vandenbulcke et al., 2000), ne sont pas recyclés mais adressés dans les compartiments lysosomiaux pour y être dégradés.

Bien que le processus d'internalisation soit communément admis comme étant un moyen pour la cellule d'inactiver le couplage entre récepteur et protéine-G, il faut toutefois noter que l'endocytose peut se comporter comme une voie de transduction du signal à part entière et ce, indépendamment des protéines-G. A titre d'exemple, Sarret et al. ont mis en évidence le rôle de l'internalisation sur l'inhibition de l'expression des ARNm codant pour l'hormone de croissance dans les cellules de souris AtT-20 issues d'une tumeur hypophysaire (Sarret et al., 1999). De même, Luttrell et al. ont montré que l'internalisation du récepteur b2-adrénergique pouvait activer les protéines Erk (extracellular signal-regulated kinases) de la voie des MAP kinases (Luttrell et al., 1999).

A5-4 La régulation négative (down regulation) :
Elle correspond à une diminution de la quantité totale de récepteur. Ce type de régulation qui intervient lors d'expositions répétées ou prolongées à un même agoniste résulte d'une augmentation de la dégradation des récepteurs concernés conjointement à une diminution de la synthèse protéique souvent associée à une diminution de la stabilité des ARNm codant pour ce même récepteur (pour revues, Bohm et al., 1997 ; Tsao et von Zastrow, 2000).

A6 - Evolution dans le concept de la transduction du signal par les RCPG :
Le concept classique par lequel un RCPG se couplait, après liaison de son agoniste, à une protéine-G avec une stœchiométrie de un pour un, pour aboutir à une réponse intracellulaire est aujourd'hui largement dépassé. En effet, de nombreux travaux ont récemment montré, que les RCPG ont, de manière constitutive, un niveau d'activation et de désactivation intrinsèque (pour revue, Leurs et al., 1998). Ainsi, un RCPG est en perpétuel équilibre, à l'état basal, entre un état actif représenté par le couplage du récepteur aux protéines-G ou un état inactif où le récepteur n'est pas lié aux protéines-G. Cette position d'équilibre, en absence de ligand, permet d'expliquer l'activité de base d'un RCPG. De plus, ce modèle dit " allostérique " rend compte de la notion d'agoniste inverse dans laquelle une molécule peut se lier à un RCPG et ainsi inhiber son activité basale (pour revue, Richard, 2001).

De nombreuses études ont également révélé l'existence de protéines pouvant interagir avec les RCPG pour générer un signal intracellulaire indépendant des protéines-G (pour revues, Richard, 2001 ; Heuss et Gerber, 2000). Ces différents aspects de la transduction ou de la modulation d'un signal passant par un RCPG ne seront pas détaillés dans ce manuscrit. Toutefois, à ces mécanismes de modulation du signal peut s'ajouter celui de la dimérisation entre RCPG de même nature ou de nature différente. En effet, la dimérisation entre RCPG est un phénomène qui tend à être observé de plus en plus au sein de cette grande famille de récepteur.

A7 - La dimérisation entre RCPG :
Le nombre de travaux montrant des processus de dimérisation entre RCPG ne cesse de croître (pour revues, Bouvier, 2001 ; Devi, 2001 ; Angers et al., 2002). Si la dimérisation a lieu entre deux récepteurs identiques, on parlera d'homodimérisation, si les deux RCPG sont différents, d'hétérodimérisation (Tableau 2).

A7-1 L'homodimérisation :
Hebert et al. ont montré que l'homodimérisation entre récepteurs b2-adrénergiques était stabilisée par l'agoniste et présentait une importance fonctionnelle puisqu'elle semblait impliquée dans l'activation de l'adénylate cyclase (Hebert et al., 1996). Inversement, l'incubation de cellules exprimant les récepteurs opioides d avec l'agoniste DADLE a pour effet de déstabiliser l'homodimère d-d permettant l'internalisation des monomères (Cvejic et Devi, 1997). L'importance du processus de l'homodimérisation est particulièrement intéressant pour le récepteur des chimiokines CCR5 puisque l'utilisation d'anticorps spécifiques du domaine extracellulaire de ce récepteur entraîne son homodimérisation ce qui a pour effet de bloquer l'infection des cellules par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH-1) (Vila-Coro et al., 2000).

A7-2 L'hétérodimérisation :
La dimérisation peut avoir lieu entre deux RCPG différents. Un des exemples les plus intéressants, est celui des récepteurs de type B de l'acide g-aminobutyrique GABA(B)-R1 et GABA(B)-R2. En effet, ces deux récepteurs, lorsqu'ils sont exprimés indépendamment, ne peuvent induire de signalisation mais la coexpression de ces deux récepteurs aboutit à un hétérodimère fonctionnel qui conduit à l'activation de canaux potassique de type Kir3 (Jones et al., 1998 ; Kaupmann et al., 1998 ; White et al., 1998).

Dans une étude récente, Abdalla et al. ont montré pour la première fois l'implication du processus de dimérisation entre RCPG dans une pathologie de la femme enceinte, l'éclampsie. Ainsi, la quantité d'hétérodimères formés entre le récepteur de la bradykinine B2 (vasodilatateur) et le récepteur de type 1 de l'angiotensine II (vasoconstricteur) augmente d'un facteur cinq chez les femmes enceintes hypertendues, contribuant de ce fait à une sensibilité accrue de ces femmes enceintes vis-à-vis de l'angiotensine II (AbdAlla et al., 2001b).

Cependant, il faut garder à l'esprit que les RCPG peuvent former des dimères ou encore des multimères avec d'autres protéines cytosoliques ou membranaires qui n'appartiennent pas à la famille des RCPG (pour revues, Richard, 2001 ; Sarret, 2000). Les interactions entre les RCPG et les protéines à un seul domaine transmembranaire ainsi que leurs effets sur la signalisation seront détaillés ultérieurement (Troisième partie).

Dans cette première partie, consacrée aux généralités concernant les récepteurs couplés aux protéines-G, nous avons examiné les différents aspects structuraux et fonctionnels de cette grande famille de récepteurs. Nous allons, dans le chapitre suivant, analyser et comparer les données de la littérature concernant plus particulièrement les deux récepteurs de la neurotensine couplés aux protéines-G que sont le NTSR1 et le NTSR2.




B - Analyse comparative des données concernant les récepteurs NTSR1 et NTSR2 :

Comme nous l'avons vu dans la première partie, la neurotensine présente un spectre d'activités pharmacologiques très étendu. Ces différents effets impliquent la reconnaissance du peptide par des récepteurs spécifiques qui vont transmettre l'information au sein des cellules et des tissus exprimant ces récepteurs.

La mise au point de ligands radiomarqués, tout d'abord de faible radioactivité spécifique (60 Ci/mmol) par du tritium (Kitabgi et al., 1977 ; Uhl et al., 1977) puis de haute radioactivité spécifique (2000 Ci/mmol) par de l'iode125 (Mazella et al., 1983 ; Sadoul et al., 1984) a permis la caractérisation des sites de liaison de la neurotensine. Ainsi, ces expériences de liaison ligand-récepteur sur des homogénats de cerveau de rat ont révélé l'existence de deux sites de liaison pour la NT, un site de haute affinité (Kd = 0,1-0,3 nM) et un de moins haute affinité (Kd = 4-5 nM) (Mazella et al., 1983).

Par la suite, la lévocabastine, un antagoniste des récepteurs H1 de l'histamine, a permis d'inhiber spécifiquement la liaison des analogues de la NT au site de moins haute affinité permettant ainsi la discrimination entre site de haute affinité (insensible à la lévocabastine) et les sites de plus faible affinité (Schotte et al., 1986). D'autres différences existent pour distinguer ces deux sites de liaison comme la forte sensibilité aux ions sodium et au GTP du site de haute affinité par rapport au site de moins haute affinité (Kitabgi et al., 1984 ; Bozou et al., 1986 ; Mazella et al., 1987).


B1 - Ontogenèse de ces deux familles de sites de liaison de la neurotensine :
Les profils d'expression des sites de liaison de haute et moins haute affinité au niveau du système nerveux central sont globalement identiques suivant les espèces mais présentent entre eux un aspect opposé (Figure 10). Ainsi, les sites de haute affinité apparaissent de façon précoce au cours du développement, augmentent rapidement après la naissance puis décroissent jusqu'à l'âge adulte (Schotte et Laduron, 1987 ; Zsürger et al., 1992). L'expression des sites de liaison de moins haute affinité commence après la naissance puis le nombre de sites augmente progressivement jusqu'à l'age adulte (Figure 10) (Schotte et Laduron, 1987 ; Zsürger et al., 1992). Les mêmes observations ont été faites en ce qui concerne l'expression des ARNm codant pour les récepteurs NTSR1 et NTSR2 de rat (Lepee-Lorgeoux et al., 1999) et NTSR2 de souris (Sarret et al., 1998).


B2 - Localisation tissulaire du NTSR1 et du NTSR2 :
Le NTSR1, tout comme le NTSR2, est présent à la fois au niveau du système nerveux central (SNC) et des organes périphériques. Dans le SNC, le NTSR1 semble localisé de manière restrictive au niveau des neurones contrairement au NTSR2 qui lui, présente une localisation à la fois neuronale et gliale.

Par immunohistochimie sur le cerveau de rat à l'aide d'anticorps dirigés contre le rNTSR1, Boudin et al. ont montré une localisation des récepteurs principalement au niveau de la bande de Brocca, la substance noire, l'aire tegmentaire ventrale ou encore le pons (Boudin et al., 1996) ce qui est en accord avec la localisation obtenue par les expériences de liaison ligand-récepteur en présence de lévocabastine sur coupe de cerveau de rat (Kitabgi et al., 1987).

Le NTSR2 a, quant à lui, été mis en évidence sur cellules gliales de rat en culture primaire où n'est détecté qu'une seule population de sites de basse affinité (Kd = 6 nM) sensible à la lévocabastine (Nouel et al., 1999). Au niveau du SNC, la cartographie des sites de basse affinité a été réalisée de manière indirecte par l'utilisation de la lévocabastine comme antagoniste des sites de basse affinité (Kitabgi et al., 1987). La localisation du NTSR2 apparaît plus diffuse que celle du NTSR1 avec des zones de marquage plus fortes au niveau du cortex préfrontal, pariétal et occipital, dans la formation hippocampale (CA1 et subiculum dorsal) et dans les tubercules quadrijumeaux antérieurs. Il faut noter l'absence de sites de basse affinité dans la substance noire et dans l'aire tegmentaire ventrale en particulier.

La localisation des sites de basse affinité a également été réalisée de manière plus directe par autoradiographie sur coupes de cerveau de rat avec de la lévocabastine tritiée (Asselin et al., 2001). Ce travail a révélé que le NTSR2 était majoritairement exprimé au niveau des aires corticales (cortex cingulaire, occipital, temporal, insulaire et enthorhinal) et dans une moindre mesure au niveau de l'hippocampe. Il semble donc que le NTSR2 soit préférentiellement exprimé dans le cortex cérébral et dans les aires cérébrales impliquées dans la perception de la douleur.

Au niveau périphérique chez le rat, les ARNm codant pour le NTSR1 semblent principalement localisés au niveau du côlon, du foie, du duodénum et dans une moindre mesure dans le pancréas (Mendez et al., 1997). Les ARNm codant pour le NTSR2, quant à eux, sont plutôt localisés chez le rat dans le tractus gastro-intestinal au niveau du fundus (Kitabgi et al., 1984) mais également dans l'utérus (Pettibone et Totaro, 1987). Il faut toutefois noter que les ARNm codant pour le NTSR1 sont également présents dans ces tissus.


B3 - Clonage moléculaire des récepteurs de la neurotensine NTSR1 et NTSR2 :
C'est en 1990 que le premier récepteur de la NT a été cloné par expression dans l'ovocyte de xénope à partir d'une banque d'ADN complémentaire (ADNc) de cerveau de rat (rNTSR1) (Tanaka et al., 1990). L'homologue humain du rNTSR1, le hNTSR1, a été cloné par expression à partir d'une banque d'ADNc de cellules issues d'un adénocarcinome de côlon humain, les cellules HT29 (Vita et al., 1993). Ces deux types d'ADNc (3,6 kb pour le rNTSR1 et 4 kb pour le hNTSR1) présentent 84 % d'homologie et codent pour des protéines de 424 et 418 résidus, respectivement (Figure 11). Plus récemment, le récepteur de souris mNTSR1 a été cloné à partir d'une banque d'ADNc de cerveau de souris (Genbank, G3551525). Les gènes codant pour ces récepteurs de haute affinité sont localisés sur la bande H du chromosome 2 pour la souris et sur le bras long (20q13) du chromosome 20 pour l'homme (Laurent et al., 1994).

Par la suite, les récepteurs de plus basse affinité ont été clonés par homologie avec le NTSR1 (Figure 11). Le NTSR2 de souris (mNTSR2) présente un ADNc de 1,6 kb codant pour une protéine de 416 acides aminés (Mazella et al., 1996). Le NTSR2 de rat (rNTSR2), cloné de la même manière, à partir d'une banque d'ADNc d'hypothalamus, code pour une protéine de 416 résidus possédant 95 % d'homologie avec le mNTSR2 et 43 % avec le rNTSR1 (Chalon et al., 1996). L'ADNc humain, quant à lui, a été isolé en 1998, et code pour une protéine de 410 acides aminés (Vita et al., 1998). Le gène codant pour le mNTSR2 est localisé sur le chromosome 12 à 6 cM du centromère (Sun et al., 2001).

Au cours du clonage du NTSR2 de souris, Botto et al. ont obtenu un clone dont la séquence nucléique était identique au NTSR2 en 5' et en 3'. Cet ADNc de 1,3 kb présente une délétion de 181 nucléotides provoquant un changement de la phase de lecture et donc un arrêt de la traduction après le 5ème domaine transmembranaire. La protéine correspondante (282 acides aminés) résultant de l'expression transitoire de l'ADNc dans les cellules COS-7 ne présente pas de liaison détectable pour la neurotensine iodée (Botto et al., 1997). Il existe de nombreux autres exemples dans la littérature de RCPG tronqués non fonctionnels (pour revue, Botto, 1997). Ling et al. ont récemment isolé deux variants des récepteurs de chimiokines CCR5 et CXCR4 présentant chacun cinq domaines transmembranaires (Ling et al., 1999). L'expression stable des ADNc codant pour ces variants dans les cellules rénales HEK293 révèle que les protéines correspondantes sont présentes au niveau de la surface cellulaire. Ces deux variants se comportent comme leurs homologues à sept domaines transmembranaires. En effet, ils sont tous les deux capables de lier leur ligand au niveau de la surface cellulaire et de transmettre un signal à l'intérieur du cytoplasme de la cellule (couplage aux protéines-G, mobilisation du calcium intracellulaire). Comme les récepteurs sauvages, ces récepteurs variants sont internalisés en présence de chimiokines (Ling et al., 1999). Ces données suggèrent par conséquent que la structure minimale à cinq domaines transmembranaires pourrait être suffisante pour former un RCPG fonctionnel.


B4 - Structure des récepteurs NTSR1 et NTSR2 :
Le NTSR1 et le NTSR2 appartiennent à la famille des récepteurs couplés aux protéines-G et de ce fait, présentent une structure similaire à sept domaines transmembranaires hydrophobes avec une extrémité amino-terminale extracellulaire et une extrémité carboxy-terminale intracytoplasmique (Figure 12). Toutefois, des différences notables dans leur structure sont à noter. Le NTSR2 présente une extrémité N-terminale beaucoup plus courte que le NTSR1 et dépourvue de site potentiel de N-glycosylation. Inversement, sa troisième boucle intracellulaire est nettement plus longue que celle du NTSR1 (Figure 12). Il faut également noter la présence d'un résidu alanine en position 79 dans le second domaine transmembranaire (TM) du NTSR2, à la place d'un résidu aspartate (position 113 pour le NTSR1) qui est généralement hautement conservé dans la majorité des membres de la famille des RCPG (Probst et al., 1992). Nous verrons par la suite comment la variation de ce seul résidu au niveau du deuxième TM de ces récepteurs peut être à l'origine d'une différence importante de comportement vis-à-vis des ions sodium.


B5 - Propriétés de liaison du NTSR1 et du NTSR2 :
Comme nous l'avons décrit précédemment, il existe deux sites de liaison pour la NT, un site de haute affinité (NTSR1) et un site de plus faible affinité (NTSR2) qui ont été à l'origine caractérisés sur des homogénats de cerveau de rat par des expériences de liaison en utilisant des agonistes radiomarqués. L'utilisation de l'antihistaminique H1, la lévocabastine qui inhibe sélectivement la liaison de la NT au NTSR2, a également contribué à une meilleure caractérisation de ces deux sites de liaison. Malgré tout, le clonage moléculaire des ADNc codant pour le NTSR1 et le NTSR2 et leurs expressions respectives dans des systèmes cellulaires eucaryotes ont apporté de nombreux renseignements sur leurs propriétés de liaison respectives.

L'affinité apparente pour la NT des différents NTSR1 clonés est d'environ 0,1 nM, quelque soit le système d'expression eucaryote utilisé, ce qui est en accord avec les valeurs des affinités observées dans le cerveau de souris (Mazella et al., 1988), dans les neurones en culture primaire (Checler et al., 1986) ou encore dans les cellules cancéreuses humaines de côlon HT29 (Amar et al., 1986).

Pour les NTSR2 clonés, les valeurs des affinités apparentes pour la NT sont de l'ordre de 1 à 3 nM (Chalon et al., 1996 ; Mazella et al., 1996 ; Vita et al., 1998). Cependant, bien que la lévocabastine soit capable d'inhiber la liaison de la NT pour tous les NTSR2, le NTSR2 humain y est beaucoup moins sensible (IC50 = 91 nM contre 2 nM pour le récepteur de souris) (Vita et al., 1998).

Le développement d'antagonistes non peptidiques de la NT, le SR48692 et le SR142948A par les laboratoires Sanofi Recherche a apporté de nouveaux renseignements sur la pharmacologie des récepteurs de la NT. Ainsi, le SR48692 inhibe spécifiquement la liaison de la NT au NTSR1 avec des valeurs pour les constantes de dissociation à l'équilibre (Ki) allant de 1 à 30 nM suivant les espèces (Gully et al., 1993). Le SR48692 présente globalement une moins bonne affinité pour le NTSR2 que pour le NTSR1 avec des valeurs de Ki allant de 22 nM pour le NTSR2 de rat (Chalon et al., 1996), 200 nM pour l'homologue de souris (Mazella et al., 1996) à 67 nM pour le hNTSR2 (Vita et al., 1998). Les résidus importants pour la liaison du SR48692 au NTSR1 sont représentés sur la figure 12 (Labbé-Jullié et al., 1998 ; Barroso et al., 2000). L'antagoniste de deuxième génération, le SR142948A, est non sélectif et reconnaît les deux récepteurs clonés avec une affinité similaire (1 à 4 nM) (Gully et al., 1997 ; Betancur et al., 1998).


B6 - Systèmes de transduction du signal associés au NTSR1 et au NTSR2 :
La liaison de la NT au NTSR1 entraîne, de manière générale, la stimulation de la phospholipase C (PLC) par l'intermédiaire des protéines-G de type Gq. Ceci conduit à la formation d'inositols phosphates (IPs) et de diacylglycérol. Ce mode de transduction du signal a été démontré sur un grand nombre de systèmes cellulaires aussi différents que les neuroblastomes de souris N1E-115, les adénocarcinomes humains HT29 ou encore dans les cellules COS et CHO après transfection de l'ADNc codant pour le NTSR1 (pour revue, Vincent et al., 1999). Ces cascades d'évènements sont inhibées en présence de l'antagoniste non peptidique SR48692. Il a par ailleurs été montré que ce couplage aux protéines-G de type Gq se faisait au niveau de la troisième boucle intracellulaire du NTSR1 (Yamada et al., 1994). Cette production d'inositols phosphates est suivie par la mobilisation des réserves calciques de la cellule. L'élévation du calcium intracellulaire représente, suivant le type cellulaire, un second message intracellulaire qui peut entraîner l'activation de la guanylate cyclase conduisant ainsi à la formation de GMPc. La formation de GMPc dans les neuroblastomes N1E-115 est due à la libération du calcium qui se fixe à la calmoduline. Le complexe calcium-calmoduline active la NO synthétase et cette activation conduit à la formation de gaz NO (Marsault et Frelin, 1992). Ce gaz est hautement diffusible et peut alors passer les membranes cellulaires et ainsi activer une population voisine de cellules qui, bien que n'exprimant pas de récepteur de la NT, répondent de manière indirecte à la NT en produisant du GMPc (Marsault et Frelin, 1992).

La NT peut induire un couplage positif du NTSR1 à l'adénylate cyclase via une protéine-G de type Gs ce qui conduit à la formation d'AMPc (pour revue, Vincent et al., 1999). Poinot-Chazel et al. ont également montré un effet de la NT sur l'activation de la voie MAP kinases par un mécanisme dépendant de l'activation des protéines kinases C (PKC) à la fois dans les cellules humaines d'adénocarcinome de côlon HT29 et dans les cellules CHO transfectées avec l'ADNc codant pour le NTSR1 (Poinot-Chazel et al., 1996).

L'absence de modèle cellulaire exprimant le NTSR2 a rendu difficile l'étude de la transduction de ce récepteur. Le clonage des ADNc codant pour le NTSR2 a permis après expression dans des systèmes eucaryotes de mettre en évidence un certain nombre de résultats. Ainsi, la NT induit un courant chlore entrant activé par le calcium lorsque le NTSR2 de souris est exprimé dans l'ovocyte de xénope. Cependant et de manière surprenante, la lévocabastine et le SR48692 se comportent comme des agonistes du NTSR2 dans ce système particulier d'expression (Mazella et al., 1996 ; Botto et al., 1997). Ces effets de type agoniste de la lévocabastine et du SR48692 sur la mobilisation du calcium intracellulaire ont également été observés avec le NTSR2 de rat exprimé dans les cellules CHO (Yamada et al., 1998).

L'homologue humain du NTSR2 (hNTSR2) est un cas particulier puisque la NT n'induit aucune voie de transduction lorsqu'il est exprimé dans les cellules CHO. Par contre, le SR48692 et le SR142978A se comportent comme des agonistes sur le hNTSR2 en induisant la production d'IP, la mobilisation du calcium intracellulaire et l'activation de la voie des MAP kinases. Ces systèmes de transduction sont de plus, spécifiquement antagonisés par la NT et la lévocabastine (Vita et al., 1998). Une des explications possible est présentée dans le travail de Richard et al. qui montre que le hNTSR2 exprimé dans les cellules COS présente une activité constitutive sur la production d'IP. La formation d'IP est également stimulée par le SR48692 et la NT se comporte alors comme un antagoniste de la production d'IP par le SR48692 (Richard et al., 2001).

Plus récemment, Sarret et al. ont montré que la NT et la lévocabastine, contrairement au SR48692 induisaient la phosphorylation des MAP kinases dans les cellules granulaires de cervelet de rat en culture primaire qui expriment le NTSR2 de manière endogène. Cependant, aucun de ces trois composés n'est capable de stimuler la production d'IP (Sarret et al., 2002).

Ces résultats posent des questions quant à la nature agoniste de la neurotensine vis-à-vis du NTSR2. Est-ce que la NT est le ligand endogène de ce récepteur ? Un autre partenaire protéique (récepteur variant du NTSR2, NTSR3…) est-il nécessaire à la transduction du signal par la NT ? Toutes ces questions restent entières. La découverte de cellules exprimant ce sous-type de récepteur pourrait nous renseigner sur la nature agoniste, antagoniste ou agoniste inverse de la neurotensine. De même, le développement de souris invalidées pour le NTSR2 apporterait sans nul doute, de nombreuses explications sur les rôles fonctionnels de ce récepteur.


B7 - Relation entre la structure du NTSR1 et du NTSR2 et leurs sensibilités aux ions sodium :
Nous avons vu que le site de haute affinité était beaucoup plus sensible que le site de basse affinité aux ions sodium et aux analogues du GTP (Kitabgi et al., 1984 ; Bozou et al., 1986 ; Mazella et al., 1987). Au cours de ma thèse, j'ai été amené à étudier les bases moléculaires à l'origine de cette différence de sensibilité aux ions sodium (Article 1).

Article 1 : Stéphane Martin, Jean-Marie Botto, Jean-Pierre Vincent and Jean Mazella. Pivotal role of an aspartate residue in sodium sensitivity and coupling to G-proteins of Neurotensin receptors. (1999) Molecular Pharmacology, 55 : 210-215.


En effet, comme nous l'avons vu auparavant, le résidu aspartate présent dans le second domaine transmembranaire de la plupart des membres de la famille des RCPG est très conservé. Il est d'ailleurs présent en position 113 dans le NTSR1 mais il est absent et remplacé par une alanine en position 79 dans le NTSR2 (Figure 11). Par mutagenèse dirigée, nous avons substitué l'aspartate 113 du NTSR1 par une alanine et son résidu homologue l'alanine 79 au niveau du NTSR2 par un aspartate. Les deux mutants présentent des affinités similaires à celles obtenues pour leur récepteur sauvage respectif. Nous avons démontré que l'acide aspartique était déterminant pour l'effet du sodium sur l'affinité de la NT pour les récepteurs NTSR1 et NTSR2 sauvages et mutés. L'incorporation d'un résidu aspartate dans le second TM du NTSR2 ne permet pas la restauration d'un couplage fonctionnel aux protéines-G. En revanche, le remplacement du résidu aspartate 113 par une alanine dans le NTSR1 diminue fortement sa capacité à activer la formation d'inositols via la phospholipase C, sans toutefois altérer le couplage entre le récepteur et les protéines-G. Ceci indique que la conformation active du NTSR1 implique une interaction des ions sodium avec l'acide aspartique 113.

Des expériences similaires de mutagenèse dirigée ont été réalisées sur d'autres RCPG et ont donné deux types de résultats. Par exemple, la mutation de l'acide aspartique en position 89 dans le deuxième TM du récepteur de la somatostatine de type 2 par une asparagine induit une diminution de l'affinité de la somatostatine pour le récepteur sans altérer son couplage aux protéines-G contrairement au NTSR1 (Kong et al., 1993). A l'inverse la mutation de l'aspartate 63 en asparagine dans le deuxième TM du récepteur du PAF (Platelet-activating factor) entraîne une augmentation de l'affinité du récepteur muté pour l'agoniste mais la perte complète de couplage aux protéines-G (Parent et al., 1996).

Ce résidu aspartate du deuxième TM, très conservé au sein de famille des RCPG, participe donc, pour certains récepteurs, à la stabilisation du complexe formé entre le récepteur activé et les sous-unités a des protéines-G conduisant ainsi à une transduction efficace au niveau intracellulaire et se révèle, pour d'autres récepteurs, indispensable au couplage lui-même.


B8 - Internalisation des récepteurs NTSR1 et NTSR2 :
La plupart des récepteurs couplés aux protéines-G est internalisé après liaison de leur agoniste. Pour le NTSR1 et le NTSR2, cette internalisation se fait, après liaison de la NT au récepteur, de manière dépendante du temps et de la température par un mécanisme sensible à un inhibiteur non spécifique de l'endocytose, l'oxyde de phénylarsine (PAO), ou à un inhibiteur empéchant la formation des puits tapissés de clathrine, le saccharose (Mazella et al., 1991 ; Chabry et al., 1993 ; Faure et al., 1995 ; Botto et al., 1998 ; Vandenbulcke et al., 2000). Chabry et al. ont également montré l'importance des résidus carboxy-terminaux thréonine 422 et tyrosine 424 dans le processus d'internalisation du NTSR1 de rat (Chabry et al., 1995). Le NTSR1 est phosphorylé en présence de NT sur la séquence de résidus carboxy-terminaux sérine 415 -thréonine 416 - sérine 417 (Oakley et al., 2001). Cette phosphorylation n'est pas nécessaire pour l'internalisation du complexe NT-NTSR1 mais est indispensable pour l'interaction du NTSR1 avec la b-arrestine-2 (Oakley et al., 2001). Ces travaux indiquent que l'interaction b-arrestine-2 - NTSR1 n'est pas impliquée dans l'endocytose du complexe ligand-récepteur mais pourrait jouer un rôle dans sa désensibilisation.

Les résidus intervenant dans l'internalisation du NTSR2 n'ont pas encore été identifiés. Au cours de ma thèse, j'ai pu déterminer que ces résidus se situaient au niveau de la troisième boucle intracellulaire (i3) du NTSR2 de souris et de rat (résultats personnels non publiés). Il faut également noter que le comportement du récepteur exprimé naturellement dans les cellules gliales issues du cortex embryonnaire de rat peut être différent de celui du récepteur cloné puisqu'il n'est pas internalisé en présence de neurotensine (Nouel et al., 1997). Cependant, Sarret et al. ont récemment mis en évidence que des cellules granulaires de cervelet de rat en culture primaire exprimaient le NTSR2 et que ce récepteur était internalisé en présence de NT par l'intermédiaire d'un mécanisme dépendant des puits tapissés de clathrine (Sarret et al., 2002).


B9 - Trafic intracellulaire des récepteurs NTSR1 et NTSR2 :
Vandenbulcke et al. ont étudié le trafic intracellulaire du NTSR1 et de la NT dans les cellules COS exprimant le NTSR1 de rat (Figure 13). Les récepteurs internalisés sont adressés dans les compartiments lysosomiaux pour y être dégradés alors que de manière surprenante, la NT est retrouvée au niveau du réseau trans-golgien (TGN) (Vandenbulcke et al., 2000). De la même manière, la NT, certainement via le NTSR2, est adressée dans le TGN dans les cellules granulaires de cervelet de rat en culture primaire (Sarret et al., 2002).


B10 - Relation entre le recyclage et la structure du NTSR1 et du NTSR2 :
Une des différences fondamentales existant entre le NTSR1 et le NTSR2 réside dans le fait que le NTSR2 de rat et de souris, contrairement au NTSR1 de rat et au NTSR2 humain, sont recyclés à la surface cellulaire après internalisation (Botto et al., 1998 ; Vandenbulcke et al., 2000). Le processus de recyclage d'un récepteur à la surface cellulaire est très important puisqu'il permet la resensibilisation du système et joue, de ce fait, un rôle prépondérant dans la modulation de la réponse cellulaire à un signal extracellulaire. Le but de mon travail était d'identifier les résidus responsables de la différence de trafic intracellulaire existant entre les membres des récepteurs couplés aux protéines-G de la NT après internalisation du peptide (Article 2).

Article 2 : Stéphane Martin, Jean-Pierre Vincent and Jean Mazella. Recycling ability of the mouse et the human neurotensin type 2 receptors depends on a single tyrosine residue. (2002) Journal of Cell Science, 115: 165-173.


A partir de chimères fabriquées entre le rNTSR1 et le mNTSR2 et de mutations ponctuelles dans la boucle i3 du mNTSR2, nous avons montré qu'un seul résidu de tyrosine de la boucle i3, la tyrosine 237, était indispensable pour le recyclage du mNTSR2. Nous avons montré que la NT induisait la phosphorylation de cette tyrosine et que cet état phosphorylé était indispensable pour le recyclage du mNTSR2 à la surface cellulaire. L'absence de recyclage observé pour le NTSR2 humain s'explique entièrement par la présence d'un résidu de cystéine en lieu et place du résidu de tyrosine 237. En effet, la substitution de cette cystéine par une tyrosine conduit à un mutant qui peut être recyclé à la surface cellulaire aussi efficacement que le mNTSR2 après séquestration induite par la NT. De même, l'insertion d'une portion de séquence de la boucle i3 contenant la tyrosine 237 au niveau de la boucle i3 du rNTSR1 est une condition nécessaire et suffisante pour permettre le recyclage à la membrane du rNTR1 recombinant. Ce travail montre, pour la première fois, l'implication d'un résidu de tyrosine au niveau de la boucle i3, dans le processus de recyclage d'un récepteur couplé aux protéines-G.

De nombreux travaux concernant le recyclage des RCPG ont été menés au cours de ces dernières années et les résidus impliqués dans ce processus se sont révélés être des résidus potentiellement phosphorylables exclusivement de type sérine et thréonine. Ces résidus sont, de manière générale, localisés dans l'extrémité carboxy-terminale de ces récepteurs. Ainsi, le récepteur de la vasopressine V2 n'est pas recyclé et cette absence de recyclage est due à la présence d'un groupement de trois résidus de sérine dans son extrémité carboxy-terminale. La mutation d'une de ces sérines en alanine est suffisante pour que le récepteur soit recyclé après internalisation (Innamorati et al., 1998).

La différence d'adressage intracellulaire après internalisation, qui existe entre le récepteur de la thrombine PAR1, qui n'est pas recyclé, et le récepteur de la substance P qui, lui, est recyclé à la surface cellulaire, résulte de leurs extrémités carboxy-terminales. En effet, Trejo et Coughlin ont montré que l'échange de ces extrémités conduisait à des profils de recyclage opposés à ceux observés pour leur homologue sauvage respectif (Trejo et Coughlin, 1999).

Il a également été montré que le récepteur humain de l'hormone lutéinisante (LH) est recyclé, contrairement à son homologue murin. La séquence de résidus (Gly-Thr-Ala-Leu-Leu) présente au niveau de l'extrémité carboxy-terminale du récepteur humain et absente du récepteur de rat est responsable de l'adressage du récepteur humain dans le compartiment de recyclage (Kishi et al., 2001). Cette séquence est analogue à celle (Asp-Ser-Leu-Leu) impliquée dans le recyclage du récepteur b2-adrénergique (Cao et al., 1999 ; Gage et al., 2001).


B11 - Fonctions pharmacologiques et physiologiques imputées au NTSR1 et au NTSR2 :
Les principales données de la littérature concernant le rôle des récepteurs de la neurotensine proviennent de l'utilisation de l'antagoniste développé par les laboratoires " Sanofi Recherche " et sélectif du NTSR1, le SR48692. De part son caractère lipophile lui permettant de traverser les membranes cellulaires, le SR48692 peut être injecté en périphérie pour étudier ses effets au niveau du système nerveux central. L'injection intrastriale de NT induit un mouvement de rotation chez la souris, mouvement qui est antagonisé par le SR48692. Le NTSR1 semble donc responsable de cet effet rotatoire induit par la NT (Gully et al., 1993). En revanche, le SR48692 est incapable d'antagoniser les effets hypothermiant et analgésiant de la NT, que ce soit chez le rat ou chez la souris (Dubuc et al., 1994). Ces résultats impliquent que le NTSR1 n'est sans doute pas responsable des propriétés hypothermiante et analgésiante de la NT.

Dubuc et al. ont par ailleurs montré que des injections intracérébroventriculaires d'oligonucléotides antisens spécifiques du NTSR2 chez la souris adulte induisaient une diminution significative des taux d'ARNm codant pour ce récepteur corrélée à une diminution de la puissance analgésique de la NT (Dubuc et al., 1999). Le NTSR2 semble donc médier les effets analgésiants de la neurotensine et le développement de molécules spécifiques de ce récepteur pourrait, à terme, aboutir à de nouveaux traitements non opioïdes contre la douleur. Ces injections d'oligonucléotides antisens ont permis de montrer que le NTSR2 n'était pas impliqué dans les effets hypothermiants induit par le peptide.

Récemment, l'invalidation, chez la souris, du gène codant pour le NTSR1 a permis de mettre en évidence l'implication de ce récepteur dans différents mécanismes physiologiques. En effet, chez les souris invalidées pour le NTSR1, l'injection intracérébroventriculaire de NT n'induit plus de réponse hypothermique indiquant que ce sous-type de récepteur intervient certainement dans cet effet ce qui est en contradiction avec les travaux préalables réalisés par Dubuc et al. utilisant le SR48692 comme antagoniste spécifique du NTSR1 (Dubuc et al., 1994). Les travaux réalisés à l'aide des souris invalidées pour le NTSR1 ont également confirmé l'implication de ce récepteur dans le mouvement rotatoire induit par le peptide neurotensine (Pettibone et al., 2002).

Au cours de ce chapitre, nous avons vu que le NTSR1 et le NTSR2 présentaient des différences au niveau de leur structure, de leurs propriétés pharmacologiques et au niveau de leur implication dans les effets pharmacologiques et physiologiques de la neurotensine (Tableau 3). Aussi ne faut-il pas oublier le troisième récepteur de la NT qui a été cloné très récemment mais dont la présence était soupçonnée depuis bien longtemps. Le chapitre suivant sera consacré à ce nouveau type de récepteur de neuropeptide qui n'appartient pas à la famille des récepteurs couplés aux protéines-G.



Deuxième partie - Références bibliographiques :

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