Deuxième partie - Les récepteurs de la neurotensine couplés aux protéines-G :
B - Analyse comparative des données concernant les récepteurs NTSR1 et NTSR2 :
B4 - Structure des récepteurs NTSR1 et NTSR2 :
Le NTSR1 et le NTSR2 appartiennent à la famille des récepteurs couplés aux protéines-G et de ce fait, présentent une structure similaire à sept domaines transmembranaires hydrophobes avec une extrémité amino-terminale extracellulaire et une extrémité carboxy-terminale intracytoplasmique (
Figure 12). Toutefois, des différences notables dans leur structure sont à noter. Le NTSR2 présente une extrémité N-terminale beaucoup plus courte que le NTSR1 et dépourvue de site potentiel de N-glycosylation. Inversement, sa troisième boucle intracellulaire est nettement plus longue que celle du NTSR1 (
Figure 12). Il faut également noter la présence d'un résidu alanine en position 79 dans le second domaine transmembranaire (TM) du NTSR2, à la place d'un résidu aspartate (position 113 pour le NTSR1) qui est généralement hautement conservé dans la majorité des membres de la famille des RCPG (Probst et al., 1992). Nous verrons par la suite comment la variation de ce seul résidu au niveau du deuxième TM de ces récepteurs peut être à l'origine d'une différence importante de comportement vis-à-vis des ions sodium.
B5 - Propriétés de liaison du NTSR1 et du NTSR2 :
Comme nous l'avons décrit précédemment, il existe deux sites de liaison pour la NT, un site de haute affinité (NTSR1) et un site de plus faible affinité (NTSR2) qui ont été à l'origine caractérisés sur des homogénats de cerveau de rat par des expériences de liaison en utilisant des agonistes radiomarqués. L'utilisation de l'antihistaminique H1, la lévocabastine qui inhibe sélectivement la liaison de la NT au NTSR2, a également contribué à une meilleure caractérisation de ces deux sites de liaison. Malgré tout, le clonage moléculaire des ADNc codant pour le NTSR1 et le NTSR2 et leurs expressions respectives dans des systèmes cellulaires eucaryotes ont apporté de nombreux renseignements sur leurs propriétés de liaison respectives.
L'affinité apparente pour la NT des différents NTSR1 clonés est d'environ 0,1 nM, quelque soit le système d'expression eucaryote utilisé, ce qui est en accord avec les valeurs des affinités observées dans le cerveau de souris (Mazella et al., 1988), dans les neurones en culture primaire (Checler et al., 1986) ou encore dans les cellules cancéreuses humaines de côlon HT29 (Amar et al., 1986).
Pour les NTSR2 clonés, les valeurs des affinités apparentes pour la NT sont de l'ordre de 1 à 3 nM (Chalon et al., 1996 ; Mazella et al., 1996 ; Vita et al., 1998). Cependant, bien que la lévocabastine soit capable d'inhiber la liaison de la NT pour tous les NTSR2, le NTSR2 humain y est beaucoup moins sensible (IC50 = 91 nM contre 2 nM pour le récepteur de souris) (Vita et al., 1998).
Le développement d'antagonistes non peptidiques de la NT, le SR48692 et le SR142948A par les laboratoires Sanofi Recherche a apporté de nouveaux renseignements sur la pharmacologie des récepteurs de la NT. Ainsi, le SR48692 inhibe spécifiquement la liaison de la NT au NTSR1 avec des valeurs pour les constantes de dissociation à l'équilibre (Ki) allant de 1 à 30 nM suivant les espèces (Gully et al., 1993). Le SR48692 présente globalement une moins bonne affinité pour le NTSR2 que pour le NTSR1 avec des valeurs de Ki allant de 22 nM pour le NTSR2 de rat (Chalon et al., 1996), 200 nM pour l'homologue de souris (Mazella et al., 1996) à 67 nM pour le hNTSR2 (Vita et al., 1998). Les résidus importants pour la liaison du SR48692 au NTSR1 sont représentés sur la
Figure 12 (Labbé-Jullié et al., 1998 ; Barroso et al., 2000). L'antagoniste de deuxième génération, le SR142948A, est non sélectif et reconnaît les deux récepteurs clonés avec une affinité similaire (1 à 4 nM) (Gully et al., 1997 ; Betancur et al., 1998).